Loi Sapin 2 et assurance-vie : le guide CGP
Ce que le HCSF peut réellement bloquer, la durée des mesures et comment répondre à l'inquiétude de vos clients.
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La garantie des dépôts est le mécanisme qui indemnise les clients d'une banque lorsque celle-ci n'est plus en mesure de restituer les sommes déposées. En France, elle est gérée par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) et plafonnée à 100 000 € par déposant et par établissement. Elle ne couvre ni les titres, protégés par une garantie distincte de 70 000 €, ni les contrats d'assurance-vie, qui relèvent d'un autre organisme, le Fonds de garantie des assurances de personnes (FGAP), avec ses propres plafonds de 70 000 € et 90 000 €. Trois mécanismes, trois plafonds, trois logiques de déclenchement : c'est précisément ce que les clients confondent, et ce qu'un conseiller doit savoir expliquer sans approximation.
La question revient dans presque tous les cabinets, le plus souvent après une vente immobilière, une succession ou une indemnité de départ qui laisse plusieurs centaines de milliers d'euros sur un compte courant. Elle revient aussi à chaque épisode de tension bancaire. Le baromètre 2026 du FGDR montre l'ampleur du malentendu : la moitié des Français déclare connaître la garantie des dépôts, mais un quart seulement connaît le plafond de 100 000 € et 8 % le délai d'indemnisation. Cet article fait le point sur les textes, les montants et les exclusions, puis propose une méthode pour cartographier l'exposition réelle d'un client et documenter le conseil.
Le point de départ est de ne pas raisonner « par banque » mais par mécanisme de garantie. Un même groupe bancaire peut détenir les dépôts de votre client, conserver ses titres et, via une filiale d'assurance, gérer son contrat d'assurance-vie. Chacun de ces avoirs relève d'un fonds, d'un plafond et d'une procédure différents.
Le FGDR, institution de droit privé créée par la loi du 25 juin 1999 et chargée d'une mission de service public, gère quatre mécanismes : la garantie des dépôts, la garantie des titres, la garantie des cautions et, plus récemment, la garantie des services des sociétés de gestion. Le FGAP, créé par la même loi et codifié aux articles L. 423-1 et suivants du Code des assurances, couvre les assurés des entreprises d'assurance de personnes agréées en France.
| Avoir du client | Organisme | Plafond | Délai d'indemnisation | Déclenchement |
|---|---|---|---|---|
| Comptes courants, comptes à terme, CEL, PEL, livret Jeune, compte-espèces du PEA ou du PER bancaire | FGDR (garantie des dépôts) | 100 000 € par client et par établissement | 7 jours ouvrables | À la demande de l'ACPR, à la date d'indisponibilité des dépôts |
| Livret A, LDDS, LEP | Garantie de l'État, opérée par le FGDR | 100 000 € par client et par établissement, distinct du plafond précédent | 7 jours ouvrables | Idem |
| Actions, obligations, parts d'OPC, titres de créance négociables, titres logés dans un PEA | FGDR (garantie des titres) | 70 000 € par client et par établissement | 2 mois à compter de l'établissement de la créance | Lorsque l'ACPR constate l'incapacité de restituer les titres |
| Avoirs confiés à une société de gestion de portefeuille (tenue de registre nominatif) | FGDR (garantie des services de gestion) | 20 000 € par client, titres et espèces cumulés | 3 mois | À la demande de l'AMF |
| Assurance-vie, contrat de capitalisation, PER assurantiel, prévoyance | FGAP | 70 000 € par assuré et par assureur ; 90 000 € pour les rentes d'incapacité, d'invalidité et de contrats en cas de décès | Selon la procédure (transfert de portefeuille ou liquidation) | Sur décision de l'ACPR, après consultation du fonds |
Ces garanties sont indépendantes et cumulables. Un client qui détient 100 000 € de dépôts, 70 000 € de titres et 70 000 € d'assurance-vie dans trois entités distinctes est intégralement couvert, alors que 240 000 € laissés sur un seul compte courant ne le sont qu'à hauteur de 100 000 €. Les montants et règles cités dans cet article sont ceux publiés par le FGDR dans sa fiche pratique de novembre 2025, sur son site, et par l'ACPR ; seuls les textes légaux et réglementaires font foi.
La garantie des dépôts est prévue aux articles L. 312-4 et suivants du Code monétaire et financier, qui transposent la directive européenne 2014/49/UE. Elle couvre les particuliers, mineurs ou majeurs, y compris sous tutelle, et les personnes morales : sociétés, entrepreneurs individuels, associations. Le baromètre 2026 du FGDR relève d'ailleurs que la protection des dépôts des PME n'est connue que de 32 % des Français, ce qui en fait un sujet de conseil à part entière pour les dirigeants (voir notre article sur le placement de trésorerie d'entreprise).
Sont couvertes les sommes déposées sur les comptes, livrets et plans d'épargne libellés en euros ou dans la devise d'un État : compte courant, compte à vue ou à terme créditeur, CEL, PEL, PEP bancaire, livret Jeune, compte-espèces lié à un PEA, à un PER bancaire ou à un plan d'épargne salariale ouvert auprès d'une banque adhérente, chèque de banque émis et non encaissé. Les livrets A, LDDS et LEP sont couverts par la garantie de l'État, que le FGDR met en œuvre pour le compte de celui-ci, avec un second plafond de 100 000 €.
Sont en revanche exclus de la garantie des dépôts : les contrats d'assurance-vie et de capitalisation, les PER souscrits auprès d'un assureur (couverts par le FGAP), les PERCO, PEE et PEI, le contenu des coffres, les dépôts anonymes, les espèces sur support électronique émis par un établissement de paiement ou de monnaie électronique, les dépôts ayant le caractère de fonds propres comme les parts sociales, les bons de caisse et les crypto-actifs.
C'est la règle la moins connue et la plus utile en conseil patrimonial. Lorsqu'une somme a été encaissée moins de trois mois avant la défaillance et qu'elle provient de l'un des événements suivants, la limite de 100 000 € est relevée de 500 000 € supplémentaires pour chaque événement :
Ce relèvement n'est pas automatique : le déposant doit adresser une réclamation écrite au FGDR, avec justificatifs, au plus tard deux mois après la réception de son dernier courrier d'indemnisation. Passé le délai de trois mois après l'encaissement, la somme retombe sous le plafond ordinaire. Autrement dit, la fenêtre de protection renforcée coïncide avec le délai raisonnable pour arbitrer le produit d'une vente ou d'une succession : c'est un argument concret pour ne pas laisser dormir ces capitaux.
La garantie se déclenche à la demande de l'ACPR, à la date d'indisponibilité des dépôts. Le FGDR ouvre un espace sécurisé d'indemnisation où chaque client choisit son mode de règlement, puis met l'indemnisation à disposition dans un délai maximum de 7 jours ouvrables, hors cas particuliers, cas complexes et dépôts exceptionnels temporaires. Le client doit disposer d'un compte dans une autre banque pour recevoir les fonds. Au 31 décembre 2025, le FGDR disposait de 7,745 milliards d'euros de ressources et comptait 1 134 établissements adhérents, dont 323 au titre de la garantie des dépôts (rapport annuel 2025, communiqué du 5 mai 2026).
Pour un compte-titres ou un PEA, le premier niveau de protection n'est pas une garantie, c'est le droit de propriété. L'AMF le rappelle dans sa fiche dédiée : le client reste seul propriétaire de ses titres, qui n'entrent jamais dans le bilan de l'établissement financier. En cas de faillite de l'intermédiaire, les titres n'ont pas vocation à être absorbés par le passif : ils sont transférés ou restitués.
La garantie des titres du FGDR n'intervient que dans un second temps, lorsque deux conditions sont réunies : les titres ont disparu des comptes et l'établissement teneur de compte, en cessation des paiements, est dans l'incapacité de les restituer. L'ACPR constate cette incapacité, le FGDR informe les clients, puis indemnise jusqu'à 70 000 € par client et par établissement, dans un délai de deux mois à compter de la date à laquelle il a établi l'éligibilité et le montant de la créance. Les instruments sont évalués à leur valeur vénale à la date d'indisponibilité, pas à leur prix d'acquisition.
| Élément | Compte-titres tenu par une banque | Compte-titres tenu par une entreprise d'investissement |
|---|---|---|
| Titres (actions, obligations, OPC, TCN, titres du PEA) | Garantie des titres : 70 000 € | Garantie des titres : 70 000 € |
| Espèces du compte-titres ou du PEA | Additionnées aux autres dépôts, garantie des dépôts : 100 000 € | Garantie spécifique : 70 000 € |
| Avoirs confiés à une société de gestion (registre nominatif) | Garantie des services de gestion : 20 000 € titres et espèces cumulés, sur demande de l'AMF | |
Deux précisions utiles en rendez-vous. D'abord, la garantie des titres ne couvre pas la baisse de valeur d'un portefeuille : une action qui perd 40 % reste une action, correctement conservée. Ensuite, l'intermédiaire a l'obligation d'informer son client du système de garantie auquel il adhère ; vérifier cette adhésion fait partie des diligences normales lorsqu'un client ouvre un compte chez un courtier en ligne ou un prestataire étranger passeporté. Le FGDR comptait 289 adhérents à la garantie des titres fin 2025.
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Un contrat d'assurance-vie n'est pas un dépôt : c'est une créance sur un assureur, adossée à des provisions techniques. En cas de défaillance de cet assureur, c'est le Fonds de garantie des assurances de personnes qui intervient. L'article L. 423-1 du Code des assurances impose l'adhésion au fonds à toutes les entreprises d'assurance agréées en France et soumises au contrôle de l'État, ainsi qu'aux fonds de retraite professionnelle supplémentaire, afin de préserver les droits des assurés, souscripteurs, adhérents et bénéficiaires de contrats d'assurance-vie, de capitalisation et de contrats couvrant des dommages corporels.
L'article R. 423-7 du Code des assurances organise la reconstitution des provisions représentatives des droits d'un même assuré, souscripteur ou bénéficiaire selon quatre règles :
Le plafond s'apprécie donc par assureur, tous contrats confondus : trois contrats de 50 000 € chez la même compagnie sont couverts à hauteur de 70 000 €, les mêmes contrats répartis chez trois assureurs distincts le sont intégralement. Le texte vise l'ensemble des provisions représentatives des droits, sans distinguer fonds en euros et unités de compte. La mention « par assureur » renvoie, là encore, à l'entité agréée et non à la marque : une banque qui distribue des contrats d'un assureur filiale et des contrats d'un assureur partenaire offre deux plafonds distincts.
Le FGAP n'est pas saisi par le client. L'ACPR place d'abord l'assureur en difficulté sous surveillance et lui enjoint de prendre les mesures appropriées ; si l'entreprise ne peut plus honorer ses engagements, l'Autorité décide de recourir au fonds après l'avoir consulté par écrit. Le fonds intervient alors dans le cadre d'un transfert de portefeuille vers un autre assureur ou, à défaut, d'une liquidation.
Trois limites de champ méritent d'être connues du conseiller :
Enfin, le FGAP n'a rien à voir avec la loi Sapin 2. Celle-ci permet au Haut Conseil de stabilité financière de suspendre temporairement des rachats sur des contrats d'assureurs parfaitement solvables, pour prévenir un risque systémique. Le FGAP, lui, traite l'insolvabilité d'un assureur. Les clients mélangent souvent les deux ; le conseiller gagne à les distinguer explicitement.
Les plafonds rassurent, mais ils alimentent aussi des raisonnements erronés. Voici les confusions les plus fréquentes en rendez-vous, avec la réponse factuelle.
| Idée reçue | Ce que disent les textes |
|---|---|
| « Mon assurance-vie est garantie à 100 000 € comme mon compte » | Non : 70 000 € par assuré et par assureur (FGAP), 90 000 € pour certaines rentes. Le FGDR ne couvre pas les contrats d'assurance. |
| « Le fonds en euros est garanti par l'État » | Non. Le fonds en euros est garanti par l'assureur, dans la limite de ses engagements contractuels. Seuls les livrets A, LDDS et LEP bénéficient d'une garantie de l'État. Sur la construction de l'allocation, voir fonds euros ou unités de compte. |
| « Si la Bourse chute, le FGDR me rembourse » | Non. La garantie des titres couvre la disparition des titres, jamais la perte de valeur d'un placement ; les unités de compte suivent la même logique. |
| « J'ai deux banques, donc 200 000 € garantis » | Seulement si les deux enseignes relèvent de deux agréments distincts. Une banque en ligne filiale de marque d'un même établissement partage le plafond de sa maison mère. |
| « Mes parts sociales de banque mutualiste sont des dépôts » | Non. Les parts sociales ont le caractère de fonds propres et sont expressément exclues de la garantie des dépôts, comme les bons de caisse et les crypto-actifs. |
Il faut ajouter que la garantie est une protection contre la défaillance d'un intermédiaire, pas une garantie de performance. Un produit structuré, une obligation d'entreprise ou une part de SCPI peuvent perdre de la valeur sans qu'aucun fonds de garantie ne soit concerné. Le devoir de conseil porte sur ces deux risques, distinctement : le risque de contrepartie de l'établissement et le risque de marché du placement.
La question « suis-je couvert ? » appelle une réponse chiffrée, par client, par établissement et par mécanisme. Voici la trame que nous recommandons, applicable lors du recueil patrimonial puis à chaque événement de liquidité.
Prenons une cliente fictive, Mme D., 58 ans. Elle encaisse 420 000 € de la vente de sa résidence secondaire sur son compte courant à la banque A, où elle détient déjà 60 000 € d'épargne de précaution. Elle a un PEA de 150 000 € tenu par la même banque et un contrat d'assurance-vie de 300 000 € chez l'assureur B, filiale du groupe A.
| Avoir | Montant | Couverture dans les 3 mois suivant la vente | Couverture après 3 mois |
|---|---|---|---|
| Dépôts à la banque A (60 000 € + 420 000 €) | 480 000 € | 100 000 € + jusqu'à 500 000 € au titre de la vente du logement, sur réclamation justifiée | 100 000 € seulement : 380 000 € hors garantie |
| Titres du PEA (banque A) | 150 000 € | Propriété des titres ; garantie des titres 70 000 € en cas de non-restitution | Idem |
| Assurance-vie (assureur B) | 300 000 € | 70 000 € de provisions reconstituées par le FGAP en cas de défaillance de B | Idem |
Le diagnostic ne conduit pas mécaniquement à ouvrir cinq comptes. Il conduit à décider dans les trois mois de l'affectation des 420 000 €, conformément aux objectifs de la cliente, et à expliquer que la concentration chez l'assureur B est un choix assumé, documenté, assorti d'une appréciation de la solidité de cet assureur, et non une protection implicite. Dans la Suite Majors®, ce raisonnement se matérialise par une alerte de concentration sur le suivi de portefeuille et une note rattachée au dossier.
Le conseiller n'est pas l'organisme de garantie et n'a pas à se substituer à l'information précontractuelle que la banque ou l'assureur doit remettre. Il a en revanche une obligation d'information et de conseil adaptés à la situation du client. Sur ce sujet, trois exigences reviennent.
Le baromètre FGDR 2026, réalisé auprès de 1 064 personnes en avril 2026, apporte un dernier argument : la confiance dans le système bancaire atteint 74 % et monte à 79 % chez ceux qui connaissent précisément le FGDR. Expliquer les garanties n'inquiète pas les clients, c'est l'inverse. Un conseiller qui maîtrise ces mécanismes transforme une question anxieuse en démonstration de compétence, et en occasion d'arbitrer des liquidités qui, sinon, resteraient inertes sur un compte courant.
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La garantie des dépôts, la garantie des titres et le FGAP forment trois filets distincts, avec des plafonds de 100 000 €, 70 000 € et 70 000 € ou 90 000 €, appréciés par client et par entité agréée. Ils protègent contre la défaillance d'un intermédiaire, jamais contre la baisse d'un placement, et ne jouent pas pour les assureurs étrangers passeportés ni pour les avoirs expressément exclus. La règle des dépôts exceptionnels temporaires offre, pendant trois mois, une protection renforcée qui fixe un horizon naturel pour arbitrer le produit d'une vente ou d'une succession.
Pour le conseiller, le sujet se traite en trois temps : cartographier l'exposition réelle du client par établissement, expliquer sans approximation ce qui est couvert et ce qui ne l'est pas, puis documenter la recommandation. La Suite Majors® apporte l'agrégation et la traçabilité nécessaires pour que ce travail soit fait une fois, correctement, et revu à chaque mouvement significatif.
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