Apport-cession 150-0 B ter : le guide 2026
Report d'imposition, quota de remploi de 70 % sur 36 mois et articulation avec la donation.
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La donation avant cession — souvent appelée donation-cession — consiste à donner des titres avant de les vendre, de sorte que la plus-value latente attachée aux titres donnés soit purgée. La donation n'étant pas un fait générateur d'imposition de la plus-value, le donataire reçoit les titres avec un prix de revient égal à leur valeur retenue pour les droits de mutation : s'il cède peu après à cette même valeur, la plus-value taxable est nulle ou marginale. C'est l'un des rares leviers qui permet, en une seule opération, de transmettre et d'effacer l'impôt de plus-value. C'est aussi l'un des plus scrutés par l'administration. Ce guide décrit le mécanisme, la chronologie à respecter, la frontière avec l'abus de droit et la méthode de conseil à adopter. Pour situer ce levier parmi les autres outils du dirigeant cédant, consultez notre guide de l'apport-cession 150-0 B ter.
La donation avant cession est une opération en deux temps, dans un ordre qui ne souffre aucune approximation : le client donne d'abord tout ou partie de ses titres (actions, parts sociales, titres cotés, parts de SCI), puis les donataires cèdent ensuite ces titres au repreneur.
L'intérêt fiscal tient à une règle simple de détermination du prix d'acquisition. Lorsque des titres sont reçus par donation, le prix de revient retenu pour le calcul de la plus-value de cession n'est pas le prix payé historiquement par le donateur, mais la valeur retenue pour la liquidation des droits de mutation à titre gratuit — voir la doctrine administrative sur les règles particulières de détermination du prix d'acquisition (BOFiP). La donation opère ainsi une réévaluation du prix de revient à la valeur du jour.
Concrètement : un dirigeant a créé sa société avec 200 000 € de capital, elle vaut aujourd'hui 2 000 000 €. La plus-value latente est de 1 800 000 €. S'il donne 30 % des titres à ses enfants, ceux-ci reçoivent des titres valorisés 600 000 € — et c'est ce montant qui devient leur prix de revient. Vendus 600 000 € quelques mois plus tard, ils ne dégagent aucune plus-value taxable.
Le mécanisme se distingue nettement de l'apport-cession : là où l'article 150-0 B ter diffère l'imposition par un report, la donation-cession l'efface définitivement sur la fraction donnée. En contrepartie, le donateur se dépouille : les titres, puis le prix, sortent de son patrimoine. C'est le prix à payer de la purge, et c'est aussi le cœur du contrôle exercé par l'administration.
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Reprenons le dirigeant précédent, 62 ans, deux enfants, société valorisée 2 000 000 € pour un prix de revient de 200 000 €. Il souhaite céder et commencer à transmettre. Deux scénarios se présentent.
Scénario A — cession sèche. La totalité de la plus-value de 1 800 000 € est imposée. Au prélèvement forfaitaire unique, dont le taux global atteint 31,4 % en 2026 sur les plus-values mobilières du fait de la hausse des prélèvements sociaux, l'impôt s'élève à environ 565 000 €, auxquels s'ajoute la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus, l'année de cession faisant mécaniquement exploser le revenu fiscal de référence.
Scénario B — donation de 30 % des titres avant cession, soit 300 000 € par enfant en pleine propriété. La plus-value purgée est de 540 000 €, l'économie d'impôt de plus-value d'environ 170 000 €. En face, les droits de donation : après l'abattement de 100 000 € par parent et par enfant, la base taxable est de 200 000 € par enfant, soit environ 38 200 € de droits par enfant au barème en ligne directe.
| Poste | Scénario A — cession sèche | Scénario B — donation de 30 % puis cession |
|---|---|---|
| Plus-value taxable | 1 800 000 € | 1 260 000 € |
| Impôt de plus-value (PFU 31,4 %) | ≈ 565 000 € | ≈ 396 000 € |
| Droits de donation | 0 € | ≈ 76 400 € (2 enfants) |
| Coût fiscal total | ≈ 565 000 € | ≈ 472 400 € |
| Transmis aux enfants | 0 € (report à la succession) | 600 000 € nets, définitivement sortis de l'assiette successorale |
L'économie immédiate approche 93 000 €, mais elle ne dit pas tout. Le vrai gain se mesure à la succession : ces 600 000 € ont quitté le patrimoine du donateur, alors qu'ils auraient été taxés à 20 %, 30 % ou davantage au décès. En intégrant la réduction du revenu fiscal de référence — donc de la CEHR et de la contribution différentielle sur les hauts revenus — l'arbitrage devient nettement favorable dès lors que la transmission fait réellement partie du projet du client. C'est précisément la condition à vérifier avant tout calcul.
Aucun texte n'impose de délai minimum entre la donation et la cession. Ce qui est contrôlé n'est pas une durée, mais un ordre juridique : la donation doit être parfaite et irrévocable avant que la vente ne soit juridiquement engagée. Trois situations méritent d'être distinguées.
En pratique, le rôle du conseiller est d'intervenir tôt. Une donation-cession se prépare quand la cession n'est encore qu'une hypothèse — pas quand la lettre d'intention est sur la table. Un dossier daté, horodaté et documenté, avec un mandat écrit antérieur aux premières négociations, vaut mieux que toutes les explications a posteriori.
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La donation avant cession n'est pas abusive en soi. La jurisprudence l'admet depuis longtemps : donner puis vendre relève de la liberté de gestion patrimoniale. Ce qui est sanctionné, c'est la donation fictive, celle qui n'emporte aucun dessaisissement réel. L'administration dispose de trois fondements : l'abus de droit historique de l'article L64 du LPF (majoration de 80 %), le « mini-abus de droit » de l'article L64 A visant les montages à but principalement fiscal, et le rescrit préventif de l'article L64 B.
Quatre signaux reviennent systématiquement dans les redressements :
Le fil directeur est toujours le même : le prix de cession revenant aux donataires doit rester dans leur patrimoine, sur leurs comptes, à leur nom, et être investi selon leurs propres décisions. Un client qui vous explique qu'il « donnera aux enfants mais gardera la main sur l'argent » vous décrit un dossier à ne pas monter.
La donation en nue-propriété est fréquemment retenue : elle réduit l'assiette des droits selon le barème de l'article 669 du CGI — la nue-propriété vaut 50 % de la pleine propriété pour un usufruitier de 61 à 70 ans, 60 % de 71 à 80 ans — tout en permettant au donateur de conserver les revenus. Mais elle déplace la difficulté après la vente : que devient le prix ?
Deux voies s'offrent alors, et elles doivent être choisies dans l'acte de donation, pas après la cession :
Attention à l'article 774 bis du CGI : la dette de restitution née d'un quasi-usufruit portant sur une somme d'argent dont le défunt s'était réservé l'usufruit n'est plus déductible de l'actif successoral. Le quasi-usufruit sur prix de cession résultant d'un report légal reste en principe hors de ce champ, mais l'analyse doit être menée cas par cas avec le notaire. Notre guide dédié détaille les conséquences pratiques : quasi-usufruit et article 774 bis.
| Critère | Donation en pleine propriété | Donation en nue-propriété |
|---|---|---|
| Purge de la plus-value | Totale sur la fraction donnée | Totale également, sur la valeur globale des titres démembrés cédés conjointement |
| Assiette des droits | 100 % de la valeur | 50 à 60 % selon l'âge de l'usufruitier (art. 669 CGI) |
| Revenus futurs du donateur | Perdus | Conservés (usufruit ou quasi-usufruit) |
| Risque de requalification | Faible si dessaisissement effectif | Plus élevé : convention, remploi et garanties à formaliser |
| Profil client adapté | Patrimoine suffisant après cession, volonté de transmettre franchement | Besoin de revenus ou de sécurité maintenu après la vente |
Les droits de donation peuvent être pris en charge par le donateur sans constituer une libéralité supplémentaire taxable. Sur une donation de 600 000 €, cela revient à transmettre 76 400 € de plus aux enfants, en franchise de droits — un levier gratuit que beaucoup de dossiers laissent de côté.
La donation avant cession se combine, elle ne s'oppose pas. Sur un dossier de cession d'entreprise, le conseiller dispose de quatre leviers à ordonner :
L'ordre des opérations compte autant que leur choix. Donner puis apporter, apporter puis donner, ou donner les titres de la holding après l'apport ne produisent ni les mêmes effets fiscaux ni les mêmes risques. C'est un travail de coordination entre le CGP, le notaire et l'avocat fiscaliste, que le conseiller doit orchestrer sans jamais s'y substituer.
Une précision de périmètre : le CGP n'est ni notaire ni avocat fiscaliste. Il détecte l'opportunité, chiffre l'arbitrage, coordonne les intervenants et trace le conseil. La rédaction des actes et la sécurisation juridique relèvent du notaire ; la consultation fiscale engageante, de l'avocat. Cette répartition doit apparaître explicitement dans la lettre de mission, pour votre protection comme pour la clarté du client.
C'est aussi là que l'outillage du cabinet fait la différence. La Suite Majors® centralise le recueil patrimonial, la structure de détention, les comptes rendus de rendez-vous horodatés et les documents réglementaires du dossier : la chronologie de l'opération se reconstitue en quelques clics, sans reconstruction hasardeuse de mails vieux de plusieurs années.
Essayer la Suite Majors® Consulter le supportSur une donation-cession montée dix-huit mois avant la vente, l'essentiel a été de pouvoir prouver la chronologie. Comptes rendus datés, valorisation, échanges avec le notaire : tout était au même endroit, et le dossier a tenu.
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La donation avant cession est un levier rare : elle efface l'impôt de plus-value au lieu de le différer, et transmet dans le même mouvement. Sur un dossier de cession à plusieurs millions d'euros, l'économie se compte en centaines de milliers d'euros — à condition que la chronologie soit respectée et que le dessaisissement soit réel.
Le rôle du conseiller est double : détecter l'opportunité suffisamment tôt, avant que la cession ne soit engagée, et documenter le dossier comme s'il devait être relu par un vérificateur cinq ans plus tard. Chiffrage des scénarios, valorisation, coordination avec le notaire, traçabilité du devoir de conseil : c'est cette rigueur qui transforme une idée fiscale en stratégie patrimoniale défendable. La Suite Majors® centralise le dossier client, la structure de détention et l'historique du conseil pour que cette preuve existe le jour où elle sera demandée.
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