Pacte Dutreil : transmission d'entreprise en 2026
Exonération de 75 %, engagements de conservation renforcés et méthode CGP pour transmettre une société familiale.
Publié le
L'apport-cession encadré par l'article 150-0 B ter du CGI est l'un des mécanismes les plus puissants — et les plus techniques — de la boîte à outils du conseiller. Il permet à un chef d'entreprise qui vend sa société de placer la plus-value de cession en report d'imposition, afin de réinvestir un capital brut plutôt qu'un capital amputé de l'impôt. Autrement dit : différer la taxation pour faire travailler l'intégralité du produit de cession. La loi de finances 2026 a nettement durci ses conditions, ce qui rend le rôle du CGP plus déterminant que jamais. Ce guide décrypte le mécanisme, les nouvelles règles applicables depuis le 21 février 2026 et la méthode de conseil à adopter. Pour situer ce levier parmi les autres, consultez notre guide sur la CEHR et les hauts revenus.
L'apport-cession désigne une opération en deux temps : un dirigeant apporte les titres de sa société d'exploitation à une holding qu'il contrôle, puis cette holding cède ces titres à un repreneur. Sans dispositif particulier, l'apport de titres constituerait un fait générateur d'imposition immédiate de la plus-value. L'article 150-0 B ter du CGI déroge à cette règle en instaurant un report d'imposition automatique de la plus-value d'apport.
Le point essentiel à faire comprendre au client : il ne s'agit pas d'une exonération, mais d'un différé. L'impôt sur la plus-value d'apport est « gelé » et calculé selon les règles en vigueur au jour de l'apport ; il ne devient exigible que si un événement met fin au report. L'intérêt économique est double :
L'apport-cession s'adresse typiquement au dirigeant qui prépare la vente de son entreprise et souhaite structurer un réemploi patrimonial organisé — capital-investissement, croissance externe, immobilier professionnel — plutôt que d'encaisser un net d'impôt et de le placer en direct.
La Suite Majors® est un OS patrimonial augmenté par IA : recueil patrimonial, analyse de la structure de détention, suivi des échéances de remploi et génération documentaire en une seule plateforme. En savoir plus →
Pour bien conseiller, le CGP doit maîtriser la chronologie de l'opération. Elle se déroule en trois phases distinctes.
Ce séquencement explique pourquoi l'apport-cession se prépare en amont : la valorisation d'apport doit être solidement documentée (rapport d'un commissaire aux apports le cas échéant), la holding constituée avant la signature du protocole de cession, et le calendrier de remploi anticipé. Une opération montée dans l'urgence expose le client à un risque de requalification en abus de droit.
Le report d'imposition n'est acquis que si plusieurs conditions cumulatives sont réunies. Le CGP doit les vérifier point par point avec l'expert-comptable et l'avocat fiscaliste du client.
Tant que ces conditions sont respectées et qu'aucun événement de fin de report ne survient, la plus-value reste gelée. Le suivi de ces conditions dans la durée — parfois sur plusieurs années — est précisément là où un outil de pilotage patrimonial apporte de la sécurité.
Recueil patrimonial structuré, cartographie de la détention (holding, société d'exploitation), suivi des échéances de remploi et traçabilité du devoir de conseil : la Suite Majors® centralise le dossier de vos clients cédants. Dès 50 €/mois, sans engagement.
2 clients gratuits • Sans engagement • Sans carte bancaire
La loi de finances 2026 a sensiblement durci les conditions du remploi. Point de vigilance capital pour le CGP : ce n'est pas la date de l'apport qui détermine le régime applicable, mais la date de la cession des titres par la holding. Une cession réalisée à compter du 21 février 2026 relève des nouvelles règles, même si l'apport est antérieur.
| Paramètre du remploi | Avant le 21 février 2026 | À compter du 21 février 2026 |
|---|---|---|
| Quota de réinvestissement | 60 % du produit de cession | 70 % du produit de cession |
| Délai pour réinvestir | 24 mois | 36 mois |
| Durée de conservation des actifs réinvestis | 12 mois (investissements directs) | 5 ans pour tout réinvestissement |
| Délai déclenchant le remploi | Cession < 3 ans après l'apport | Cession < 3 ans après l'apport (inchangé) |
| Activités immobilières / gestion patrimoniale | Tolérées sous conditions | Exclues du remploi |
Concrètement, un dirigeant qui cède moins de trois ans après l'apport doit désormais réinvestir 70 % du produit (contre 60 %), dispose de 36 mois pour le faire (contre 24) et doit conserver les actifs réinvestis pendant 5 ans (contre 12 mois). Ces contraintes renforcées immobilisent davantage de capital, plus longtemps, dans l'économie réelle. Elles rendent le choix « conserver 3 ans » ou « réinvestir » encore plus stratégique.
La loi de finances 2026 a aussi renforcé le pacte Dutreil (engagement individuel porté de 4 à 6 ans) et créé une taxe sur certaines holdings patrimoniales. Ces dispositifs s'articulent souvent dans une même stratégie de transmission d'entreprise.
Lorsque le remploi est obligatoire, encore faut-il investir dans des supports éligibles au sens de l'article 150-0 B ter. La liste est limitative et le CGP doit orienter le client vers des solutions qualifiantes.
Depuis 2026, les activités de gestion de son propre patrimoine mobilier ou immobilier sont expressément exclues : marchand de biens, promotion immobilière ou gestion patrimoniale pure ne qualifient plus. Ce recentrage sur l'économie productive pousse mécaniquement vers le private equity et les fonds spécialisés. Pour comparer ce réemploi aux autres enveloppes de long terme, voyez notre méthode de choix d'enveloppe fiscale et notre page sur les SCPI en gestion de patrimoine.
Le report n'a de sens patrimonial complet que si l'on comprend comment il prend fin. Trois cas de figure principaux se présentent.
Cette mécanique fait de l'apport-cession un outil à la croisée de la fiscalité de cession et de la transmission. Elle s'articule naturellement avec le pacte Dutreil lorsque l'entreprise reste dans la famille, ou avec une stratégie de donation avant cession pour effacer une partie de la plus-value.
L'apport-cession est une opération pluridisciplinaire : le montage juridique et le rescrit relèvent de l'avocat fiscaliste, l'évaluation de l'expert-comptable, mais le CGP en est souvent le chef d'orchestre patrimonial. Voici une méthode structurée.
Deux points de vigilance dominent. D'abord l'abus de droit : l'administration surveille les montages « apport-cession-encaissement » où la holding sert de simple boîte de trésorerie sans réel réinvestissement productif. Ensuite le risque de perte du report par simple manquement de suivi : une échéance de remploi ratée ou une cession de la holding mal anticipée peut réactiver une imposition lourde. La référence officielle du dispositif figure dans la doctrine BOFiP et à l'article 150-0 B ter du Code général des impôts sur Legifrance.
Tester la Suite Majors® Consulter le supportSur un dossier de cession à 3 M€, suivre les échéances de remploi et centraliser toute la structure de détention dans un seul outil m'a évité de laisser filer une date. Le report a été sécurisé, et le rapport d'adéquation était prêt.
Conformité, fiscalité, IA patrimoniale, bonnes pratiques : restez informé des dernières ressources pour votre cabinet.
Pas de spam. Désinscription en un clic.
L'apport-cession 150-0 B ter reste, en 2026, un levier majeur pour accompagner un dirigeant qui vend son entreprise : différer l'impôt, réinvestir un capital brut et préparer la transmission. Mais le durcissement de la loi de finances 2026 — remploi de 70 % sur 36 mois, conservation de 5 ans, exclusion de l'immobilier — laisse peu de place à l'improvisation.
Le CGP y joue un rôle de chef d'orchestre : chiffrer l'intérêt du report, arbitrer entre conservation et réinvestissement, sélectionner les supports éligibles, suivre les échéances et documenter le devoir de conseil. La Suite Majors® centralise la structure de détention, le recueil patrimonial et la traçabilité du conseil pour sécuriser ces opérations dans la durée.
Pour aller plus loin : Découvrez le pacte Dutreil pour la transmission d'entreprise.
Exonération de 75 %, engagements de conservation renforcés et méthode CGP pour transmettre une société familiale.
Seuils, barème CEHR, CDHR à 20 % et 7 leviers d'optimisation dont l'apport-cession pour lisser une cession.
Abattements, règle des 15 ans et cas chiffrés pour arbitrer la transmission au bon moment.
Assurance-vie, PER, PEA, CTO, SCPI : la méthode pour arbitrer entre 6 enveloppes selon 5 critères.