Apport-cession 150-0 B ter : le guide CGP
Report d'imposition, réinvestissement de 70 % en 36 mois et purge en cas de donation...
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Une holding patrimoniale est une société — le plus souvent une SAS ou une SARL soumise à l'impôt sur les sociétés — dont l'objet est de détenir et gérer des participations et des actifs pour le compte d'un dirigeant ou d'une famille. Elle ne produit ni bien ni service : elle détient, encaisse des dividendes et des loyers, puis réalloue ces flux. Pour un CGP, c'est l'un des rares outils qui agit simultanément sur les quatre leviers du conseil patrimonial : la fiscalité des flux, la capacité de réinvestissement, la protection du dirigeant et la transmission. C'est aussi, depuis la loi de finances pour 2026, l'un des montages les plus scrutés par l'administration fiscale.
Le terme « holding » ne désigne aucune forme juridique particulière. C'est une fonction, pas un statut : une société qui détient des titres d'autres sociétés ou des actifs financiers et immobiliers. La forme retenue est presque toujours une SAS, pour sa souplesse statutaire, ou une SARL de famille, pour son régime de gérance majoritaire et son coût social parfois plus favorable.
La distinction structurante n'est donc pas juridique mais fonctionnelle. Elle sépare deux catégories aux conséquences fiscales très différentes :
Second arbitrage à poser dès le premier rendez-vous : le régime d'imposition. La holding patrimoniale est presque systématiquement à l'IS, car c'est ce qui permet de capitaliser les flux à faible friction fiscale. Une holding à l'IR reste envisageable pour remonter directement des déficits fonciers, mais elle est marginale dans les schémas de capitalisation. La logique est la même que pour l'arbitrage détaillé dans notre guide SCI à l'IR ou à l'IS.
Enfin, un point trop souvent négligé en rendez-vous : le coût de fonctionnement. Frais de constitution, comptabilité annuelle, éventuel commissaire aux comptes, accompagnement juridique et fiscal — comptez couramment 2 000 à 6 000 € par an. La holding n'a de sens que si le gain fiscal et la capacité de réinvestissement dépassent durablement ce socle.
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La holding n'est pas un réflexe : c'est une réponse à un problème identifié. Cinq configurations reviennent en permanence dans les portefeuilles de cabinets accompagnant des dirigeants.
Ces cinq usages ne s'excluent pas. Une même holding peut porter une participation opérationnelle, un immeuble locatif et un contrat de capitalisation. C'est précisément cette polyvalence qui rend l'analyse préalable indispensable : le montage optimal pour la cession n'est pas nécessairement celui qui optimise la transmission.
Toute la valeur d'une holding tient dans un chiffre : la friction fiscale qu'elle applique aux flux qui la traversent. Trois régimes structurent ce calcul.
Le régime mère-fille, prévu aux articles 145 et 216 du CGI, exonère d'impôt sur les sociétés les dividendes remontés par une filiale détenue à au moins 5 % du capital depuis deux ans. Seule une quote-part de frais et charges de 5 % reste imposable. Le régime est optionnel et s'exerce filiale par filiale.
L'intégration fiscale suppose une détention d'au moins 95 % du capital. Elle permet de compenser les résultats bénéficiaires et déficitaires des sociétés du groupe et ramène la quote-part de frais et charges sur dividendes internes à 1 %. Les deux régimes se cumulent lorsque les conditions sont réunies.
Le régime des titres de participation, enfin, exonère les plus-values de cession de titres détenus depuis plus de deux ans, sous réserve d'une quote-part de frais et charges de 12 % de la plus-value brute, imposée au taux normal de l'IS.
| Régime | Condition de détention | Friction fiscale | Effet principal |
|---|---|---|---|
| Mère-fille | ≥ 5 % du capital, 2 ans | QPFC 5 % soumise à l'IS | Dividendes quasi exonérés |
| Intégration fiscale | ≥ 95 % du capital | QPFC 1 % sur dividendes internes | Compensation des résultats du groupe |
| Titres de participation | ≥ 5 %, 2 ans | QPFC 12 % de la plus-value brute | Plus-values de cession quasi exonérées |
| Détention en direct | Aucune | PFU 30 % (ou barème + CSG) | Aucun effet de capitalisation |
L'écart se chiffre facilement en rendez-vous. Sur 100 000 € de dividendes remontés d'une société opérationnelle : en détention directe, le prélèvement forfaitaire unique de 30 % laisse 70 000 € disponibles. Via une holding en régime mère-fille, la quote-part de 5 % — soit 5 000 € — est imposée à l'IS de 25 %, ce qui représente 1 250 € d'impôt et laisse 98 750 € réinvestissables. Sur dix ans et un rendement de 4 %, la différence de capital final dépasse 40 000 €.
Le raisonnement doit cependant être mené jusqu'au bout. Cette économie n'est qu'un différé : le jour où le dirigeant sort les fonds de la holding vers son patrimoine privé, le PFU s'applique. La holding est un outil de capitalisation, pas d'exonération définitive — sauf transmission. C'est exactement l'arbitrage que nous détaillons dans notre guide sur la rémunération du dirigeant entre salaire et dividendes.
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L'article 150-0 B ter du CGI est le mécanisme central de la holding de cession. Le dirigeant apporte ses titres à une holding qu'il contrôle : la plus-value d'apport est constatée mais placée en report d'imposition. La holding cède ensuite les titres et encaisse le prix sans frottement immédiat.
Le report n'est pas gratuit. Si la holding cède les titres apportés dans les trois ans de l'apport, elle doit réinvestir une fraction du produit de cession dans des actifs économiques éligibles, sous peine de voir le report tomber. C'est ce volet que la loi de finances pour 2026 a nettement resserré, pour les cessions intervenant à compter du 21 février 2026 :
| Paramètre | Régime antérieur | Depuis la LF 2026 |
|---|---|---|
| Quote-part à réinvestir | 60 % du produit de cession | 70 % du produit de cession |
| Délai de réinvestissement | 24 mois | 36 mois |
| Conservation des actifs réinvestis | 12 mois | 5 ans |
| Immobilier de rapport | Déjà exclu | Exclu |
L'effort économique demandé au dirigeant augmente donc sensiblement, mais le délai s'allonge et permet de construire un plan de réinvestissement moins précipité. Les emplois éligibles restent classiques : financement de moyens permanents d'exploitation, acquisition du contrôle d'une société opérationnelle, souscription au capital de sociétés éligibles, ou souscription de parts de FCPR, FPCI et fonds professionnels respectant un quota d'investissement en titres de sociétés opérationnelles.
Trois écueils reviennent systématiquement dans les dossiers de cabinet. Le premier est le calcul de l'assiette : les 70 % portent sur le produit de cession, pas sur la plus-value. Le deuxième est la tenue du calendrier : le délai court à compter de la cession, et un appel de fonds de FPCI étalé sur plusieurs années ne vaut engagement qu'à hauteur des sommes effectivement souscrites selon les modalités admises. Le troisième est la documentation : chaque réinvestissement doit être justifié pièce à l'appui, plusieurs années après l'opération. Notre guide dédié à l'apport-cession et au report d'imposition détaille chacun de ces points.
Point d'attention majeur pour la transmission : la donation des titres de la holding peut purger la plus-value en report, à condition que le donataire conserve les titres pendant la durée prévue par le texte. C'est un levier puissant, mais il suppose que le montage ait été pensé dès l'origine avec le notaire.
C'est la mesure qui a le plus agité la place en 2026. La loi de finances a créé une taxe annuelle spécifique, codifiée à l'article 235 ter C du CGI, visant les actifs non affectés à une activité opérationnelle logés dans des sociétés holdings patrimoniales. Le dispositif s'applique aux exercices clos à compter du 31 décembre 2026.
Une précision utile en rendez-vous : le texte voté est très éloigné du projet initial. La version déposée en octobre 2025 prévoyait une taxation de 2 % de l'ensemble des revenus passifs de la holding, ce qui aurait frappé la quasi-totalité des structures patrimoniales. Le texte final a recentré la mesure sur les biens somptuaires, avec un taux nettement plus élevé mais une assiette bien plus étroite. Beaucoup de clients ont retenu la première version : la mise au point fait partie du conseil.
L'assujettissement suppose la réunion de conditions cumulatives appréciées à la clôture de l'exercice :
L'assiette taxable est ensuite volontairement étroite. Sont visés, au taux de 20 % par an de leur valeur vénale : les yachts et bateaux de plaisance, les aéronefs, les véhicules de tourisme, les bijoux et métaux précieux, les chevaux de course et de compétition, les vins et spiritueux, les biens affectés à la chasse ou à la pêche, ainsi que les immeubles d'habitation dont le dirigeant se réserve la jouissance.
À l'inverse, sont hors assiette la trésorerie, les placements financiers, les contrats de capitalisation, les titres de participation et l'ensemble des actifs affectés à l'exploitation. Autrement dit : une holding qui capitalise en valeurs mobilières n'est pas concernée ; une holding qui loge le bateau et la résidence secondaire du dirigeant l'est pleinement. La taxe n'est par ailleurs pas déductible du résultat soumis à l'IS.
Pour un cabinet, trois réflexes s'imposent avant la clôture 2026 : cartographier les actifs de chaque holding cliente dépassant 5 M€, documenter l'affectation professionnelle des biens qui peuvent l'être, et régulariser les mises à disposition — un immeuble loué au dirigeant à un loyer de marché, avec bail écrit, ne se traite pas comme un bien dont il se réserve gratuitement la jouissance. Ces vérifications rejoignent celles à conduire sur les dossiers IFI.
C'est le contentieux le plus fréquent en matière de holding, et de loin. La qualification d'animatrice conditionne l'accès à trois régimes de faveur majeurs : l'exonération Dutreil de 75 % de la valeur des titres transmis, l'exonération d'IFI au titre des biens professionnels, et l'abattement dirigeant en cas de cession pour départ à la retraite.
La jurisprudence retient deux critères cumulatifs. La holding doit participer activement à la conduite de la politique du groupe et au contrôle de ses filiales, et elle doit leur rendre des services effectifs — administratifs, juridiques, comptables, financiers ou immobiliers. L'animation doit en outre porter sur l'activité principale de la structure, ce qui suppose que les participations dans les filiales animées représentent l'essentiel de l'actif.
En pratique, l'administration ne conteste jamais l'intention : elle conteste la preuve. Les éléments à constituer et à conserver sont toujours les mêmes :
Le risque est asymétrique. Une holding requalifiée en simple société passive perd rétroactivement l'exonération Dutreil, ce qui peut représenter plusieurs centaines de milliers d'euros de droits pour une transmission d'entreprise familiale. La documentation doit donc être contemporaine des opérations, jamais reconstituée après coup. C'est le même principe que celui qui gouverne la traçabilité du devoir de conseil.
Un point de méthode d'abord, car il conditionne votre exposition. La rédaction des statuts et des actes relève du monopole du conseil juridique : avocat fiscaliste ou notaire. Le CGP n'a pas vocation à monter la holding lui-même. Son rôle est ailleurs, et il est déterminant : détecter l'opportunité, chiffrer les scénarios, coordonner les intervenants, documenter la recommandation et suivre les échéances dans la durée.
Cette dernière mission est celle que les cabinets sous-estiment le plus. Un montage d'apport-cession crée des obligations qui courent sur huit ans — trois ans de délai de cession, trois ans de réinvestissement, cinq ans de conservation des actifs réinvestis. Une échéance manquée fait tomber le report et déclenche l'imposition immédiate de la plus-value. Ce suivi ne se pilote pas dans un tableur.
Huit points à contrôler sur chaque dossier holding en portefeuille :
C'est précisément ce que structure la Suite Majors® : le recueil patrimonial capte les structures sociétaires et leurs actifs, l'assistant IA droit des sociétés et l'assistant fiscal éclairent les régimes applicables et signalent les incohérences entre le patrimoine déclaré et les montages en place, et le coffre-fort numérique conserve statuts, conventions d'animation et justificatifs de réinvestissement avec leur horodatage. Le conseiller reste maître de l'analyse ; l'outil garantit qu'aucune pièce ne manque le jour du contrôle.
Tester la Suite Majors® Consulter le supportSur mes dossiers de chefs d'entreprise, le suivi des échéances d'apport-cession était mon point faible. Avoir les structures, les actifs et les justificatifs au même endroit a changé ma façon de travailler avec les avocats.
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La holding patrimoniale reste, en 2026, l'outil le plus efficace pour capitaliser des flux professionnels et organiser la transmission d'un patrimoine d'entrepreneur. Mais le curseur s'est déplacé : le durcissement de l'apport-cession et la création de la taxe de l'article 235 ter C traduisent une même intention du législateur — récompenser la holding qui finance l'économie réelle, pénaliser celle qui sert de coffre-fort privé.
Pour un cabinet, la conséquence est concrète. Il faut revisiter le stock de dossiers avant la clôture 2026, tester le seuil de 5 M€ et le ratio de revenus passifs sur chaque structure, et surtout industrialiser le suivi des échéances de réinvestissement. La Suite Majors® a été conçue pour cela : centraliser les données patrimoniales et sociétaires, modéliser les scénarios de cession et de transmission, et conserver les preuves du conseil dans un environnement sécurisé et hébergé en France.
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