Famille recomposée : stratégies patrimoniales du CGP
Beaux-enfants, conjoint survivant, action en retranchement : 7 leviers combinables...
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Une libéralité graduelle est une donation ou un legs assorti d'une double charge : le premier bénéficiaire, appelé premier gratifié, doit conserver les biens reçus puis les transmettre à son décès à un second gratifié désigné dès l'origine (article 1048 du Code civil). La libéralité résiduelle (article 1057) est sa version assouplie : le premier gratifié peut vendre ou consommer les biens, et seul le reliquat existant à son décès revient au second gratifié. Dans les deux cas, le disposant organise en un seul acte une transmission sur deux têtes successives.
Introduits par la loi du 23 juin 2006 portant réforme des successions, ces outils restent sous-utilisés en cabinet. Ils répondent pourtant à des situations très fréquentes : famille recomposée, enfant sans descendance, proche vulnérable, crainte de voir un patrimoine familial quitter la lignée. Leur fiscalité, fixée par l'article 784 C du CGI, peut en outre diviser les droits par cinq ou plus. Ce guide détaille les règles civiles, le calcul des droits, deux cas chiffrés et la méthode pour les proposer à vos clients.
Le recueil patrimonial de la Suite Majors® cartographie la famille (lits, enfants non communs, petits-enfants) et l'historique des donations. L'assistant IA succession compare les scénarios de transmission — succession légale, donation classique, legs résiduel — et le rapport d'adéquation trace la recommandation remise au client avant le rendez-vous chez le notaire.
Les deux libéralités reposent sur le même schéma : un disposant (donateur ou testateur), un premier gratifié qui reçoit immédiatement la pleine propriété, et un second gratifié dont les droits s'ouvrent au décès du premier. Le second gratifié tient ses droits directement du disposant, et non du premier gratifié : c'est ce point qui fonde toute la fiscalité du dispositif.
La différence porte sur la liberté laissée au premier gratifié. Dans la libéralité graduelle, il est un propriétaire « sous surveillance » : il jouit des biens mais ne peut ni les vendre ni les donner sans compromettre la transmission. Dans la libéralité résiduelle, souvent appelée legs de residuo, il dispose librement des biens de son vivant, mais ne peut pas les léguer par testament.
| Critère | Libéralité graduelle | Libéralité résiduelle |
|---|---|---|
| Fondement | Articles 1048 à 1056 du Code civil | Articles 1057 à 1061 du Code civil |
| Obligation du premier gratifié | Conserver puis transmettre | Transmettre ce qui subsiste |
| Vente des biens | Interdite, sauf subrogation prévue à l'acte | Libre |
| Donation des biens | Interdite | Possible, sauf clause d'interdiction |
| Legs des biens par le premier gratifié | Impossible | Impossible |
| Sécurité pour le second gratifié | Forte (biens identifiés, sûretés possibles) | Aléatoire (le reliquat peut être nul) |
| Biens adaptés | Immeuble, parts sociales, portefeuille avec subrogation | Liquidités, portefeuille, immobilier que l'on accepte de voir vendu |
En pratique, la résiduelle est la plus utilisée, car elle laisse au premier gratifié la possibilité de faire face à ses besoins — dépendance, achat d'une résidence, dépenses courantes. La graduelle se réserve aux biens « de famille » que l'on veut voir traverser les générations à l'identique : maison de famille, parts de société, terres agricoles.
Le régime civil est détaillé aux articles 1048 à 1061 du Code civil. Quatre règles conditionnent la faisabilité d'un dossier.
Deux points pratiques complètent ce socle. D'abord, si le second gratifié décède avant le premier ou renonce, la charge tombe et les biens restent au premier gratifié, sauf clause de substitution au profit des descendants du second gratifié. Ensuite, la libéralité peut être consentie par donation (acte notarié, acceptation du premier gratifié) ou par testament, ce qui permet de l'intégrer à un testament authentique ou olographe déjà en préparation.
La fiscalité des deux libéralités est identique. Elle se déroule en deux temps, tels que décrits par le BOFiP (BOI-ENR-DMTG-10-20-50-10).
Tout l'intérêt réside dans le deuxième point. Un beau-fils taxé à 60 % par sa belle-mère devient, grâce au legs résiduel de son père, un enfant taxé au barème en ligne directe après 100 000 € d'abattement. Un neveu taxé à 55 % par sa tante devient un petit-enfant taxé comme tel par ses grands-parents.
| Lien avec le transmettant | Abattement 2026 | Taux applicable |
|---|---|---|
| Enfant (ligne directe) | 100 000 € | 5 % à 45 % |
| Petit-enfant (donation) | 31 865 € | 5 % à 45 % |
| Frère ou sœur | 15 932 € | 35 % puis 45 % |
| Neveu ou nièce | 7 967 € | 55 % |
| Bel-enfant non adopté | 1 594 € (15 932 € sous conditions depuis la LF 2026) | 60 % |
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M. Leroy, 68 ans, remarié sans enfant commun, a deux enfants d'une première union. Il souhaite que son épouse, Mme Leroy, 61 ans, conserve son niveau de vie s'il décède le premier, sans que ses biens finissent chez les neveux de celle-ci. Il lègue à son épouse, par testament, un portefeuille de 400 000 € assorti d'une charge résiduelle au profit de ses deux enfants. Au décès de Mme Leroy, il subsiste 300 000 €.
Hypothèses : l'épouse est exonérée sur le legs (loi TEPA) ; les enfants n'ont pas consommé leur abattement de 100 000 € dans la succession de leur père, le reste du patrimoine leur ayant été transmis par assurance-vie souscrite avant 70 ans. Sans legs résiduel, on suppose que Mme Leroy aurait institué ses beaux-enfants légataires du même montant.
| Scénario | Calcul | Droits totaux |
|---|---|---|
| Legs de la belle-mère aux beaux-enfants | (300 000 − 1 594) × 60 % | 179 044 € |
| Même legs avec l'abattement de 15 932 € | (300 000 − 15 932) × 60 % | 170 441 € |
| Legs résiduel du père | 2 × barème ligne directe sur (150 000 − 100 000) | 16 389 € |
Chaque enfant supporte 8 194 € de droits sur sa part de 150 000 €, au lieu de près de 90 000 €. L'économie dépasse 160 000 €, et surtout le patrimoine revient avec certitude à la lignée du père. La charge résiduelle laisse à l'épouse la liberté de puiser dans le capital, ce qui répond à l'objectif de maintien de son niveau de vie.
Ce levier se combine avec les autres outils présentés dans notre guide des stratégies patrimoniales en famille recomposée : clause de préciput, cantonnement, assurance-vie avant 70 ans.
Mme Martin, 72 ans, a deux enfants. Sa fille Claire, 45 ans, célibataire et sans enfant, a des revenus modestes ; son fils a deux enfants. Mme Martin donne 200 000 € à Claire avec une charge résiduelle au profit de ses deux petits-enfants. Claire paie 18 194 € de droits sur cette donation (abattement de 100 000 €, puis barème en ligne directe).
Au décès de Claire, après le décès de sa mère, il subsiste 150 000 €, soit 75 000 € par neveu. Hypothèse : les petits-enfants n'ont reçu aucune autre donation de leur grand-mère dans les quinze années précédentes.
| Scénario | Base taxable par bénéficiaire | Droits totaux |
|---|---|---|
| Succession de la tante (neveux) | 75 000 − 7 967 = 67 033 € à 55 % | 73 736 € |
| Charge résiduelle, avant imputation | 75 000 − 31 865 = 43 135 € au barème | 13 643 € |
| Après imputation des droits de Claire | 18 194 € × 150 / 200 = 13 646 € imputables | ≈ 0 € |
Le mécanisme évite ici une double taxation : les droits déjà acquittés par Claire sur les biens transmis viennent neutraliser ceux dus par ses neveux. Le même schéma sert à protéger un proche en situation de handicap : l'enfant vulnérable profite des biens toute sa vie, et le reliquat retourne à ses frères et sœurs ou à leurs enfants, taxés comme s'ils recevaient de leurs parents.
Ces montants sont indicatifs. L'abattement disponible dépend des donations consenties dans les quinze ans et du moment du décès du disposant. Un chiffrage personnalisé reste indispensable, tout comme le recours au notaire pour la rédaction.
La réussite d'une libéralité graduelle ou résiduelle tient à sa rédaction. Le CGP n'est pas rédacteur, mais il prépare le terrain pour le notaire en identifiant les clauses utiles au regard des objectifs du client.
Sur le plan fiscal, l'administration n'a jamais remis en cause par principe ces libéralités, puisque le législateur a expressément organisé leur régime. Une opération artificielle, dépourvue de toute intention libérale réelle ou montée uniquement pour contourner un tarif, reste toutefois exposée au risque d'abus de droit fiscal. Documenter le motif familial de l'opération est donc essentiel.
La libéralité graduelle ou résiduelle s'impose rarement d'elle-même : c'est la lecture fine de la structure familiale qui la fait émerger. Voici une démarche en six étapes.
Cette traçabilité protège le cabinet au titre du devoir de conseil et facilite le suivi dans le temps. Une libéralité résiduelle s'étale souvent sur plusieurs décennies : un changement familial (divorce, naissance, décès d'un second gratifié) doit déclencher une revue. Dans la Suite Majors®, ces événements peuvent être suivis depuis le recueil patrimonial automatisé et rappelés lors des revues annuelles.
La Suite Majors® est accessible dès 50 €/mois, sans engagement. Le modèle tarifaire est flexible et basé sur l'usage : vous ne payez que ce que vous utilisez. Une démonstration gratuite est disponible pour découvrir la plateforme.
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Les libéralités graduelles et résiduelles permettent de protéger une première personne tout en fixant la destination finale des biens. Leur fiscalité, qui taxe le second gratifié selon son lien avec l'auteur de la libéralité, en fait l'un des leviers les plus puissants des dossiers de famille recomposée ou d'enfant sans descendance.
Leur efficacité dépend pourtant d'un diagnostic familial rigoureux, du respect de la réserve et d'une rédaction notariale soignée. Votre valeur ajoutée consiste à repérer le besoin, à chiffrer les alternatives et à conserver la trace de ce conseil dans le dossier du client.
Pour aller plus loin : Famille recomposée : les stratégies patrimoniales du CGP.
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