MIF 2 pour les CGP en 2026
Conseil indépendant, gouvernance produit et information sur les frais : ce que MIF 2 impose au CIF...
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La rémunération d'un conseiller en gestion de patrimoine désigne l'ensemble des flux financiers qui rétribuent son activité de conseil et d'intermédiation : rétrocessions versées par les producteurs sur les encours placés, commissions de souscription prélevées à l'entrée, honoraires facturés directement au client, et commissions de courtage en assurance ou en crédit. Ces quatre canaux ne relèvent ni du même cadre juridique, ni de la même logique commerciale, ni du même régime fiscal.
Le sujet n'a jamais été aussi stratégique. D'un côté, la pression réglementaire s'intensifie : l'AMF et l'ACPR attendent désormais des preuves tangibles que le client a été informé des montants exacts de rémunération avant la souscription. De l'autre, un mouvement de fond pousse une partie de la profession vers le conseil facturé — tout en sachant que, selon les estimations de marché, plus de 90 % des CGP français ne vivent pas d'honoraires mais de rétrocessions. Cet article fait le point sur les modèles disponibles, leurs contraintes réglementaires et la manière de les documenter proprement dans vos dossiers.
Avant de parler d'arbitrage, il faut nommer précisément ce que l'on compare. Un cabinet de gestion de patrimoine encaisse rarement une seule catégorie de revenus.
Cette distinction est loin d'être théorique. Chaque famille de revenus est rattachée à un statut réglementaire différent — CIF pour les instruments financiers, courtier IAS pour l'assurance, IOBSP pour le crédit — et donc à des obligations d'information distinctes. Un cabinet cumulant les trois statuts doit tenir un discours cohérent sur l'ensemble, ce que rappelle notre guide sur la réglementation CGP, CIF et IAS.
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La rétrocession, ou inducement dans le vocabulaire européen, est un paiement reçu d'un tiers à l'occasion de la fourniture d'un service d'investissement. Elle n'est pas interdite en France, mais elle est conditionnée : elle doit améliorer la qualité du service rendu au client et ne pas nuire au respect de l'obligation d'agir au mieux de ses intérêts.
La position-recommandation AMF DOC-2013-10, régulièrement mise à jour, précise ce que recouvre cette « amélioration de la qualité ». Trois justifications sont classiquement admises : la fourniture d'un conseil non indépendant assorti d'un accès à une gamme large de produits, un suivi annuel documenté de l'adéquation des supports détenus, ou la mise à disposition d'outils de valorisation et de reporting. Ce qui n'est jamais admis : une rétrocession versée sans contrepartie de service identifiable.
La jurisprudence de la Commission des sanctions est constante sur ce point : la charge de la preuve pèse sur le professionnel. Vous pouvez consulter directement la position-recommandation AMF DOC-2013-10 sur les rémunérations et avantages pour vérifier l'état de la doctrine applicable à votre situation.
Facturer des honoraires suppose de vendre une prestation identifiable, livrable et opposable. C'est un changement de posture avant d'être un changement de tarification : le client paie une analyse, pas un placement.
Les pratiques observées sur le marché français se répartissent en quatre formats, souvent combinés au sein d'un même cabinet.
Deux points techniques à ne pas négliger. D'abord, les honoraires de conseil sont soumis à la TVA au taux normal, contrairement aux commissions d'intermédiation en assurance qui en sont exonérées : à prestation égale, le coût affiché au client n'est pas le même. Ensuite, la facturation d'honoraires par un CIF suppose une lettre de mission signée préalablement, qui définit le périmètre, le livrable et le montant. Sans elle, l'honoraire est contestable.
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La directive MIF 2 impose au CIF de se qualifier : il fournit un conseil indépendant ou non indépendant. Ce n'est pas une étiquette marketing, c'est une déclaration réglementaire qui engage le modèle économique du cabinet.
Le conseil indépendant suppose deux conditions cumulatives : analyser un éventail suffisamment large d'instruments financiers disponibles sur le marché, et ne ni recevoir ni conserver de rétrocessions de la part des producteurs. Autrement dit, le cabinet se rémunère exclusivement auprès de son client. Selon les travaux de l'AMF, les CIF déclarés indépendants représentent environ 8 % de la profession — une proportion qui progresse lentement.
Le conseil non indépendant autorise la perception de rétrocessions, à condition de les déclarer précisément et de démontrer l'amélioration de la qualité du service. Il permet aussi de cumuler honoraires et rétrocessions, à condition que le client comprenne les deux flux et qu'aucun double paiement ne porte sur la même prestation.
Passer indépendant, c'est renoncer immédiatement à un revenu récurrent installé pour construire un chiffre d'affaires facturé qui, lui, met deux à trois ans à se stabiliser. C'est aussi accepter d'expliquer un prix, ce que la profession fait encore peu. En contrepartie : une lisibilité totale du positionnement, une absence de conflit d'intérêts structurel, et une valorisation de cabinet moins dépendante des accords de distribution.
Le statut d'indépendant ne concerne par ailleurs que les instruments financiers relevant de MIF 2. L'activité de courtage en assurance obéit à la directive DDA, avec ses propres règles de transparence : un cabinet peut être CIF indépendant et continuer à percevoir des commissions de courtage sur ses contrats d'assurance, ce qui exige un discours particulièrement rigoureux auprès du client. Notre guide MIF 2 pour les CGP en 2026 détaille cette articulation.
Trois configurations dominent la pratique. Ce tableau les compare sur les critères qui déterminent réellement la viabilité d'un cabinet.
| Critère | 100 % rétrocessions | Modèle mixte | 100 % honoraires |
|---|---|---|---|
| Statut MIF 2 | Non indépendant | Non indépendant | Indépendant possible |
| Origine du revenu | Producteurs | Producteurs + client | Client uniquement |
| Récurrence | Élevée, liée aux encours | Élevée et diversifiée | À construire (abonnement) |
| Sensibilité aux marchés | Forte : baisse des encours = baisse du revenu | Moyenne | Faible |
| Conflit d'intérêts | Structurel, à encadrer et documenter | Présent sur la part rétrocédée | Neutralisé sur les instruments financiers |
| TVA | Exonérée (intermédiation) | Partielle | Applicable sur les honoraires |
| Charge documentaire | Justifier l'amélioration du service | La plus lourde : deux régimes à tracer | Prouver le livrable facturé |
| Profil client adapté | Épargnants en phase de constitution | Clientèle mixte | Dirigeants, hauts patrimoines, clients avertis |
Aucune configuration n'est intrinsèquement supérieure. Le modèle mixte est le plus répandu et souvent le plus réaliste en phase de transition, mais c'est aussi celui qui exige la rigueur documentaire la plus élevée : deux régimes cohabitent, et le client doit comprendre lequel s'applique à quoi.
Le projet européen de Retail Investment Strategy (RIS) a longtemps fait planer la menace d'une interdiction générale des rétrocessions, sur le modèle britannique et néerlandais. L'accord politique trouvé en trilogue en décembre 2025 entre la Commission, le Parlement et le Conseil n'a finalement pas retenu cette interdiction.
Le compromis privilégie un encadrement renforcé, dont trois éléments méritent votre attention dès maintenant :
La finalisation technique du texte est en cours, pour une application échelonnée entre 2027 et 2029. Le sursis est réel, mais la trajectoire est claire : la rétrocession survit à condition d'être justifiée, chiffrée et comparée. Les cabinets qui structurent dès aujourd'hui leur documentation tarifaire n'auront pas de virage à négocier. Notre analyse dédiée à la Retail Investment Strategy détaille le calendrier et les chantiers à ouvrir.
Quel que soit le modèle retenu, la question posée en contrôle est toujours la même : où le client a-t-il été informé, et quand ? Quatre documents portent la réponse, chacun à un moment précis de la relation.
Vérifiez enfin que vos immatriculations sont à jour et cohérentes avec les activités facturées : la consultation du registre unique des intermédiaires ORIAS est le premier réflexe d'un contrôleur comme d'un client prudent.
Dans la Suite Majors®, ces quatre supports sont générés depuis le même dossier client : les modes de rémunération paramétrés au niveau du cabinet alimentent automatiquement le DER, la lettre de mission et le rapport d'adéquation, et l'assistant conformité AMF signale les dossiers dans lesquels un document tarifaire manque ou n'a pas été horodaté. C'est exactement le type d'oubli qui coûte cher en contrôle AMF.
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Le débat « honoraires contre rétrocessions » est mal posé. La question n'est pas de savoir quel modèle est vertueux, mais lequel vous êtes capable de justifier document en main. Une rétrocession assortie d'un suivi annuel tracé est parfaitement défendable ; un honoraire facturé sans lettre de mission ne l'est pas. Le régulateur ne sanctionne pas un modèle économique, il sanctionne une opacité.
Avec la RIS qui se déploiera entre 2027 et 2029 et son principe de value for money, l'exigence va se déplacer du « combien » vers le « pourquoi ce prix ». Les cabinets qui structurent dès maintenant leur grille tarifaire, leurs livrables et leur traçabilité prendront une avance qui ne se rattrape pas en quelques mois. C'est précisément ce que la Suite Majors® industrialise : documents réglementaires générés depuis un dossier unique, information tarifaire horodatée et détection automatique des pièces manquantes.
Pour aller plus loin : Audit de conformité d'un cabinet CGP : la checklist 2026.
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