Private equity en assurance-vie et PER : le guide du CGP en 2026

Réunion d'analyse d'un dossier de capital-investissement non coté par des conseillers en gestion de patrimoine

Le private equity en assurance-vie désigne l'investissement dans des entreprises non cotées en bourse, logé sous forme d'unité de compte au sein d'un contrat d'assurance-vie ou d'un PER. Depuis l'entrée en application de la loi Industrie Verte, ce n'est plus une option de niche réservée aux clients fortunés : c'est une brique obligatoire dans certains profils de gestion pilotée. Et depuis le décret n° 2026-341 du 30 avril 2026, l'univers des fonds éligibles a été sensiblement resserré. Pour un CGP, cela change deux choses : la conversation avec le client, et la charge de preuve. Ce guide vous donne la méthode complète — cadre réglementaire, critères d'analyse, calibrage de la poche et documentation du devoir de conseil.

Private equity en assurance-vie : de quoi parle-t-on exactement ?

Le capital-investissement consiste à financer des sociétés qui ne sont pas cotées sur un marché réglementé. L'investisseur n'achète pas une action liquide échangeable chaque jour, mais une part de fonds fermé ou semi-ouvert dont la valeur est expertisée périodiquement. En assurance-vie et en PER, cet accès se fait exclusivement par le référencement d'unités de compte adossées à des véhicules encadrés :

  • FCPR (fonds commun de placement à risques) : le véhicule historique du non coté grand public, avec un quota minimum d'actifs non cotés et une durée de vie généralement comprise entre 8 et 12 ans.
  • FPCI (fonds professionnel de capital investissement) : destiné à des souscripteurs avertis, il n'est accessible en UC que s'il respecte les règles applicables aux FCPR.
  • ELTIF 2.0 : le fonds européen d'investissement de long terme, refondu en 2023 pour être distribuable auprès des particuliers avec des fenêtres de liquidité encadrées.
  • Fonds evergreen : véhicules à capital permanent, sans date de liquidation, qui offrent des rachats périodiques sous conditions et se prêtent mieux à la gestion pilotée.
  • Dette privée, infrastructures et immobilier non coté : classes d'actifs voisines, souvent regroupées avec le private equity sous l'appellation « actifs privés ».

La différence essentielle avec une UC actions classique tient à la liquidité et au rythme de valorisation. Une part de fonds coté se vend en une journée à un cours connu. Une part de FCPR se rachète selon un calendrier contractuel, à une valeur liquidative souvent trimestrielle ou semestrielle, avec un décalage de plusieurs semaines. C'est cette asymétrie qui structure tout le raisonnement de conseil.

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Loi Industrie Verte : le non coté devenu obligatoire en gestion pilotée

La loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte, complétée par son décret d'application n° 2024-713 du 5 juillet 2024, n'a pas créé l'éligibilité du non coté en assurance-vie : celle-ci existait déjà depuis les lois Macron de 2015 et la loi PACTE de 2019. Ce que le texte a créé, c'est une obligation d'allocation minimale, qui pèse sur l'assureur et non sur l'épargnant.

Concrètement, les contrats proposant une gestion pilotée doivent intégrer une part plancher d'actifs non cotés dans certains profils. Le client conserve la possibilité de refuser en optant pour la gestion libre ou pour un profil non concerné, mais il doit être informé du dispositif.

Enveloppe et profil Quota minimum d'actifs non cotés Commentaire pour le CGP
Assurance-vie — profil prudent Aucun Profil exclu du dispositif
Assurance-vie — profil équilibré 4 % Quota calculé sur l'allocation cible du profil
Assurance-vie — profil dynamique 8 % Poche la plus exposée au risque de liquidité
Assurance-vie — gestion libre Aucun Le client arbitre librement ses supports
PER — horizon prudent 6 % Le PER porte des quotas plus élevés que l'assurance-vie
PER — horizon intermédiaire 8 % Désensibilisation progressive à l'approche de la retraite
PER — horizon long / offensif 12 % à 15 % Cohérent avec la durée de blocage de l'enveloppe

Le calendrier a été aménagé : les assureurs et sociétés de gestion disposent jusqu'au 31 décembre 2026 pour intégrer cette part minimale dans la gestion pilotée par défaut des contrats d'assurance-vie et des PER individuels. Pour les PER collectifs souscrits dans le cadre de l'épargne salariale, l'échéance est fixée au 30 juin 2026. Autrement dit : d'ici la fin de l'année, la quasi-totalité de vos clients en gestion pilotée équilibrée ou dynamique détiendra du non coté, qu'ils l'aient demandé ou non.

Décret 2026-341 : le grand tri des fonds non cotés éligibles

Publié au Journal officiel du 5 mai 2026, le décret n° 2026-341 du 30 avril 2026 « renforçant l'encadrement de l'univers d'investissement de l'assurance vie et du plan d'épargne retraite » vient corriger un effet de bord du mouvement précédent. En ouvrant largement les vannes du non coté, le législateur avait laissé prospérer des véhicules peu transparents. Le décret referme cette porte en modifiant les articles R. 131-1 à R. 131-6 du code des assurances.

Trois points à retenir pour votre pratique quotidienne :

  1. Interdiction de référencer de nouveaux « autres FIA » non réglementés. Depuis le 6 mai 2026, les fonds d'investissement alternatifs qui ne relèvent d'aucun cadre européen ou national harmonisé destiné aux investisseurs non professionnels ne peuvent plus être ajoutés à l'univers d'investissement d'un contrat.
  2. Encadrement renforcé de certaines structures. Les sociétés à objet exclusivement immobilier ou foncier et les sociétés de capital-risque voient leurs conditions d'accès durcies, principalement pour des motifs de liquidité.
  3. Pas de liquidation forcée, mais un calendrier de mise en conformité. Les supports déjà référencés continuent d'accueillir versements et arbitrages. Les gestionnaires doivent déposer leur plan de transformation d'ici le 5 mai 2027, pour une conformité effective au 1er janvier 2029. Au-delà, un fonds non conforme ne pourra plus recevoir de flux entrants.

Restent pleinement éligibles : les ELTIF commercialisables auprès des particuliers, les FPCI respectant les règles des FCPR, les OPCI, les SCPI agréées, ainsi que certains fonds professionnels spécialisés et fonds de fonds alternatifs. La justification avancée par les pouvoirs publics est le risque de rachats massifs, dont les tensions observées ces dernières années sur l'immobilier non coté ont donné un avant-goût concret.

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Les 6 critères d'analyse avant de recommander un fonds non coté

Une préconisation de capital-investissement ne se juge pas sur la performance affichée. Voici la grille d'analyse à appliquer systématiquement avant d'inscrire un fonds dans un diagnostic de portefeuille :

  1. Nature juridique et éligibilité post-décret. Le fonds relève-t-il d'une catégorie encadrée (FCPR, FPCI aux règles FCPR, ELTIF) ou d'un « autre FIA » désormais fermé au référencement ? Si le support figure déjà dans un contrat client, vérifiez l'existence d'un plan de transformation.
  2. Liquidité réelle et mécanismes de protection. Fréquence des fenêtres de rachat, préavis, plafonnement des sorties (gates), possibilité de cantonnement d'actifs illiquides (side-pockets), et surtout : l'assureur garantit-il ou non la liquidité de l'UC ?
  3. Frais cumulés sur trois étages. Frais de gestion du contrat sur l'UC, frais de gestion annuels du fonds, puis carried interest prélevé sur la surperformance. Le calcul de frais ex-ante doit consolider ces trois niveaux, pas seulement le premier.
  4. Millésime et courbe en J. Un fonds fermé affiche mécaniquement une performance négative les premières années : les frais courent pendant que les participations ne sont pas encore valorisées à la hausse. Un client qui découvre ce phénomène six mois après sa souscription est un client qui appelle.
  5. Stratégie et diversification. Capital-risque, capital-développement, LBO, secondaire, dette privée, infrastructures : les profils de risque et les horizons diffèrent radicalement. Un fonds de secondaire réduit la courbe en J ; un fonds de capital-risque l'accentue.
  6. Qualité du reporting. Fréquence des valorisations, délai de publication, granularité de l'information sur les sous-jacents. C'est ce qui déterminera votre capacité à répondre en rendez-vous annuel.
Critère UC cotée classique UC non cotée (private equity)
Liquidité Quotidienne, arbitrage en J+1 Fenêtres périodiques, préavis, gates possibles
Horizon recommandé 5 ans et plus 8 à 12 ans selon le millésime
Valorisation Cours de marché quotidien Expertise trimestrielle ou semestrielle, avec décalage
Structure de frais Frais de gestion contrat + fonds Frais contrat + fonds + carried interest
Volatilité affichée Élevée et visible en continu Lissée artificiellement par la valorisation périodique
Risque de perte Perte partielle en capital Perte pouvant aller jusqu'à la totalité de l'investissement

Devoir de conseil : documenter une préconisation private equity

C'est ici que se joue votre exposition en cas de contrôle ou de réclamation. Le non coté cumule trois facteurs de risque contentieux : illiquidité, complexité et possibilité de perte totale. Les recommandations de l'Autorité des marchés financiers en matière de commercialisation de produits complexes s'appliquent pleinement, en articulation avec les obligations d'adéquation issues de MiFID II et de la directive distribution en assurance.

Votre rapport d'adéquation doit tracer, de manière datée et opposable, les cinq éléments suivants :

  • Connaissance et expérience : le client a-t-il déjà détenu du non coté ? Sait-il expliquer ce qu'est une valeur liquidative expertisée ? Une réponse vague dans le questionnaire KYC doit déclencher une pédagogie documentée, pas un passage en force.
  • Capacité à subir des pertes : à distinguer strictement de la tolérance au risque déclarée. Voir notre méthode sur le profil de risque MiFID II.
  • Horizon d'investissement : il doit être rapproché explicitement de la durée de vie du fonds. Un horizon client de 6 ans face à un FCPR de 10 ans est une inadéquation caractérisée.
  • Part dans le patrimoine financier : mentionnez le pourcentage exact que représente l'investissement, et rappelez que l'épargne de précaution en est exclue.
  • Remise et compréhension des documents : DIC daté, notice sur les conditions de rachat, tableau des frais cumulés. Conservez la trace de la remise dans votre coffre-fort numérique.

Ajoutez un point souvent oublié : la cohérence avec les préférences de durabilité. Beaucoup de fonds d'infrastructures et de transition énergétique sont commercialisés sur un argumentaire extra-financier. Si le client a exprimé des attentes ESG, elles doivent être reprises dans la justification — voir notre guide sur le questionnaire ESG.

Combien allouer ? Méthode de calibrage par profil client

Aucun texte n'impose de plafond au conseiller. La pratique de place situe la poche non cotée entre 5 % et 15 % des actifs financiers, avec trois filtres préalables : l'épargne de précaution reste intégralement liquide, les projets à moins de 8 ans sont financés ailleurs, et le client dispose d'un revenu courant indépendant de cette poche.

Trois situations rencontrées en cabinet, pour fixer les idées :

Profil client Situation Poche non cotée indicative
Dirigeant, 45 ans 800 000 € d'actifs financiers, revenus élevés, horizon retraite à 20 ans, aucun projet à court terme 10 à 15 % — soit 80 000 à 120 000 €, répartis sur 2 à 3 millésimes
Cadre, 38 ans 150 000 € d'actifs financiers dont 30 000 € d'épargne de précaution, projet d'achat immobilier à 4 ans 0 à 5 % — le projet immobilier prime, une entrée symbolique via le PER est envisageable
Retraité, 72 ans 1,2 M€ d'actifs financiers, rachats programmés de 3 000 €/mois, objectif de transmission 0 à 5 % — l'illiquidité entre en conflit direct avec les rachats programmés

Deux règles pratiques complètent le calibrage. D'abord, étaler les millésimes : investir 100 000 € sur trois années plutôt qu'en une fois lisse l'effet de cycle et atténue la courbe en J perçue par le client. Ensuite, raisonner à l'échelle du patrimoine global et non du seul contrat : un client détenant déjà des parts de SCI, un immeuble locatif et des titres de sa propre société est déjà massivement exposé au non coté. Ajouter du private equity revient alors à concentrer, pas à diversifier. Ce point ressort immédiatement d'un bilan patrimonial correctement structuré.

Suivre le non coté dans votre cabinet sans multiplier les tableurs

Le vrai coût du private equity pour un cabinet n'est pas la sélection du fonds : c'est le suivi sur dix ans. Appels de fonds, distributions, valorisations décalées, échéances de mise en conformité 2027 et 2029, revue annuelle de l'adéquation… multipliés par le nombre de clients concernés, ces éléments saturent vite un tableur.

La Suite Majors® adresse ce point sous trois angles :

  • Suivi de portefeuille consolidé : les UC non cotées apparaissent aux côtés des supports classiques, avec leur horizon et leurs caractéristiques de liquidité, pour une vision réelle de l'allocation.
  • Parcours de conformité : le rapport d'adéquation intègre nativement les rubriques exigées pour un produit complexe — expérience, capacité de perte, horizon, part du patrimoine.
  • Détection d'incohérences par IA : l'analyse patrimoniale signale les situations à risque, comme une poche illiquide chez un client aux rachats programmés ou un horizon client inférieur à la durée de vie du fonds.

S'y ajoute la notation de conformité, qui permet de balayer l'ensemble du portefeuille clients pour identifier ceux dont le dossier mérite une mise à jour avant la prochaine échéance réglementaire. Pour un cabinet de 150 clients, c'est la différence entre un audit de deux jours et une requête de deux minutes.

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Ce que disent nos utilisateurs

Depuis que les quotas de non coté s'appliquent en gestion pilotée, j'ai des questions clients à chaque rendez-vous. Pouvoir sortir en deux clics la liste des dossiers où l'horizon ne colle pas avec la poche illiquide, ça m'a évité des semaines de relecture.

Marc T. CGP-CIF — 180 clients

Questions fréquentes sur le private equity en assurance-vie

L'obligation ne pèse pas sur l'épargnant mais sur l'assureur. La loi Industrie Verte du 23 octobre 2023 impose un quota minimum d'actifs non cotés dans les profils de gestion pilotée : 4 % en profil équilibré et 8 % en profil dynamique pour l'assurance-vie, de 6 % à 15 % selon l'horizon pour le PER. La gestion libre et le profil prudent en assurance-vie ne sont pas concernés. Un client en gestion libre peut donc parfaitement conserver un portefeuille sans private equity — voir notre guide fonds euros ou UC.

Publié au Journal officiel le 5 mai 2026, le décret interdit le référencement de nouveaux « autres FIA » non réglementés en unités de compte d'assurance-vie et de PER. Restent éligibles les fonds encadrés : ELTIF commercialisables auprès des particuliers, FPCI respectant les règles des FCPR, OPCI, SCPI agréées et certains fonds professionnels spécialisés. Il n'y a pas de liquidation forcée : les supports déjà référencés doivent se mettre en conformité, avec un plan de transformation à déposer d'ici le 5 mai 2027 et une échéance au 1er janvier 2029.

Il n'existe pas de règle réglementaire. La pratique de place situe la poche non cotée entre 5 % et 15 % des actifs financiers, en excluant strictement l'épargne de précaution et les projets à moins de 8 ans. Le calibrage dépend de trois variables : l'horizon de placement, la capacité à subir des pertes et le besoin de liquidité. Un client de 70 ans consommant son capital et un dirigeant de 45 ans en phase de capitalisation n'ont pas la même enveloppe cible — c'est ce que révèle un diagnostic de portefeuille complet.

Le rapport d'adéquation doit tracer quatre éléments : la connaissance et l'expérience du client sur les actifs non cotés, sa capacité à subir des pertes y compris totales, son horizon d'investissement rapproché de la durée de vie du fonds, et la part que représente l'investissement dans son patrimoine financier. Il faut y ajouter la remise datée du DIC et la mention explicite des conditions de rachat, des mécanismes de gates ou de side-pockets et des frais cumulés.

Les frais se cumulent sur trois étages : les frais de gestion du contrat d'assurance-vie ou du PER sur l'unité de compte, les frais de gestion annuels du fonds, et le carried interest prélevé sur la surperformance. À cela s'ajoutent, selon les véhicules, des droits d'entrée et des frais de constitution. Le calcul de frais ex-ante doit consolider ces trois étages pour produire un chiffre lisible par le client.

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Conclusion

Le private equity en assurance-vie et en PER n'est plus une conversation optionnelle. Entre les quotas de la loi Industrie Verte qui s'imposent d'ici fin 2026 en gestion pilotée et le tri opéré par le décret 2026-341, tout CGP va devoir expliquer à ses clients pourquoi une part de leur épargne est désormais illiquide — et le justifier par écrit.

La bonne posture n'est ni l'enthousiasme commercial ni le refus de principe. C'est la rigueur méthodologique : vérifier l'éligibilité du support, mesurer la liquidité réelle, consolider les frais sur trois étages, calibrer la poche à l'échelle du patrimoine global et tracer chaque élément dans le rapport d'adéquation. Les cabinets qui outillent cette rigueur en feront un différenciateur ; les autres subiront les échéances 2027 et 2029.

Pour aller plus loin : Construire l'allocation d'assurance-vie adaptée au profil de votre client.

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