Fonds euros ou UC : construire l'allocation client
Fonds euros à 2,6 % ou unités de compte : comment un CGP construit l'allocation d'assurance-vie ada...
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Le private equity en assurance-vie désigne l'investissement dans des entreprises non cotées en bourse, logé sous forme d'unité de compte au sein d'un contrat d'assurance-vie ou d'un PER. Depuis l'entrée en application de la loi Industrie Verte, ce n'est plus une option de niche réservée aux clients fortunés : c'est une brique obligatoire dans certains profils de gestion pilotée. Et depuis le décret n° 2026-341 du 30 avril 2026, l'univers des fonds éligibles a été sensiblement resserré. Pour un CGP, cela change deux choses : la conversation avec le client, et la charge de preuve. Ce guide vous donne la méthode complète — cadre réglementaire, critères d'analyse, calibrage de la poche et documentation du devoir de conseil.
Le capital-investissement consiste à financer des sociétés qui ne sont pas cotées sur un marché réglementé. L'investisseur n'achète pas une action liquide échangeable chaque jour, mais une part de fonds fermé ou semi-ouvert dont la valeur est expertisée périodiquement. En assurance-vie et en PER, cet accès se fait exclusivement par le référencement d'unités de compte adossées à des véhicules encadrés :
La différence essentielle avec une UC actions classique tient à la liquidité et au rythme de valorisation. Une part de fonds coté se vend en une journée à un cours connu. Une part de FCPR se rachète selon un calendrier contractuel, à une valeur liquidative souvent trimestrielle ou semestrielle, avec un décalage de plusieurs semaines. C'est cette asymétrie qui structure tout le raisonnement de conseil.
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La loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte, complétée par son décret d'application n° 2024-713 du 5 juillet 2024, n'a pas créé l'éligibilité du non coté en assurance-vie : celle-ci existait déjà depuis les lois Macron de 2015 et la loi PACTE de 2019. Ce que le texte a créé, c'est une obligation d'allocation minimale, qui pèse sur l'assureur et non sur l'épargnant.
Concrètement, les contrats proposant une gestion pilotée doivent intégrer une part plancher d'actifs non cotés dans certains profils. Le client conserve la possibilité de refuser en optant pour la gestion libre ou pour un profil non concerné, mais il doit être informé du dispositif.
| Enveloppe et profil | Quota minimum d'actifs non cotés | Commentaire pour le CGP |
|---|---|---|
| Assurance-vie — profil prudent | Aucun | Profil exclu du dispositif |
| Assurance-vie — profil équilibré | 4 % | Quota calculé sur l'allocation cible du profil |
| Assurance-vie — profil dynamique | 8 % | Poche la plus exposée au risque de liquidité |
| Assurance-vie — gestion libre | Aucun | Le client arbitre librement ses supports |
| PER — horizon prudent | 6 % | Le PER porte des quotas plus élevés que l'assurance-vie |
| PER — horizon intermédiaire | 8 % | Désensibilisation progressive à l'approche de la retraite |
| PER — horizon long / offensif | 12 % à 15 % | Cohérent avec la durée de blocage de l'enveloppe |
Le calendrier a été aménagé : les assureurs et sociétés de gestion disposent jusqu'au 31 décembre 2026 pour intégrer cette part minimale dans la gestion pilotée par défaut des contrats d'assurance-vie et des PER individuels. Pour les PER collectifs souscrits dans le cadre de l'épargne salariale, l'échéance est fixée au 30 juin 2026. Autrement dit : d'ici la fin de l'année, la quasi-totalité de vos clients en gestion pilotée équilibrée ou dynamique détiendra du non coté, qu'ils l'aient demandé ou non.
Publié au Journal officiel du 5 mai 2026, le décret n° 2026-341 du 30 avril 2026 « renforçant l'encadrement de l'univers d'investissement de l'assurance vie et du plan d'épargne retraite » vient corriger un effet de bord du mouvement précédent. En ouvrant largement les vannes du non coté, le législateur avait laissé prospérer des véhicules peu transparents. Le décret referme cette porte en modifiant les articles R. 131-1 à R. 131-6 du code des assurances.
Trois points à retenir pour votre pratique quotidienne :
Restent pleinement éligibles : les ELTIF commercialisables auprès des particuliers, les FPCI respectant les règles des FCPR, les OPCI, les SCPI agréées, ainsi que certains fonds professionnels spécialisés et fonds de fonds alternatifs. La justification avancée par les pouvoirs publics est le risque de rachats massifs, dont les tensions observées ces dernières années sur l'immobilier non coté ont donné un avant-goût concret.
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Une préconisation de capital-investissement ne se juge pas sur la performance affichée. Voici la grille d'analyse à appliquer systématiquement avant d'inscrire un fonds dans un diagnostic de portefeuille :
| Critère | UC cotée classique | UC non cotée (private equity) |
|---|---|---|
| Liquidité | Quotidienne, arbitrage en J+1 | Fenêtres périodiques, préavis, gates possibles |
| Horizon recommandé | 5 ans et plus | 8 à 12 ans selon le millésime |
| Valorisation | Cours de marché quotidien | Expertise trimestrielle ou semestrielle, avec décalage |
| Structure de frais | Frais de gestion contrat + fonds | Frais contrat + fonds + carried interest |
| Volatilité affichée | Élevée et visible en continu | Lissée artificiellement par la valorisation périodique |
| Risque de perte | Perte partielle en capital | Perte pouvant aller jusqu'à la totalité de l'investissement |
Un fonds non coté valorisé deux fois par an affiche une volatilité optiquement faible. Cela ne signifie pas que le risque est faible : il est simplement moins visible. Cet argument ne doit jamais servir à présenter le private equity comme un placement défensif dans un rapport d'adéquation.
C'est ici que se joue votre exposition en cas de contrôle ou de réclamation. Le non coté cumule trois facteurs de risque contentieux : illiquidité, complexité et possibilité de perte totale. Les recommandations de l'Autorité des marchés financiers en matière de commercialisation de produits complexes s'appliquent pleinement, en articulation avec les obligations d'adéquation issues de MiFID II et de la directive distribution en assurance.
Votre rapport d'adéquation doit tracer, de manière datée et opposable, les cinq éléments suivants :
Ajoutez un point souvent oublié : la cohérence avec les préférences de durabilité. Beaucoup de fonds d'infrastructures et de transition énergétique sont commercialisés sur un argumentaire extra-financier. Si le client a exprimé des attentes ESG, elles doivent être reprises dans la justification — voir notre guide sur le questionnaire ESG.
Aucun texte n'impose de plafond au conseiller. La pratique de place situe la poche non cotée entre 5 % et 15 % des actifs financiers, avec trois filtres préalables : l'épargne de précaution reste intégralement liquide, les projets à moins de 8 ans sont financés ailleurs, et le client dispose d'un revenu courant indépendant de cette poche.
Trois situations rencontrées en cabinet, pour fixer les idées :
| Profil client | Situation | Poche non cotée indicative |
|---|---|---|
| Dirigeant, 45 ans | 800 000 € d'actifs financiers, revenus élevés, horizon retraite à 20 ans, aucun projet à court terme | 10 à 15 % — soit 80 000 à 120 000 €, répartis sur 2 à 3 millésimes |
| Cadre, 38 ans | 150 000 € d'actifs financiers dont 30 000 € d'épargne de précaution, projet d'achat immobilier à 4 ans | 0 à 5 % — le projet immobilier prime, une entrée symbolique via le PER est envisageable |
| Retraité, 72 ans | 1,2 M€ d'actifs financiers, rachats programmés de 3 000 €/mois, objectif de transmission | 0 à 5 % — l'illiquidité entre en conflit direct avec les rachats programmés |
Deux règles pratiques complètent le calibrage. D'abord, étaler les millésimes : investir 100 000 € sur trois années plutôt qu'en une fois lisse l'effet de cycle et atténue la courbe en J perçue par le client. Ensuite, raisonner à l'échelle du patrimoine global et non du seul contrat : un client détenant déjà des parts de SCI, un immeuble locatif et des titres de sa propre société est déjà massivement exposé au non coté. Ajouter du private equity revient alors à concentrer, pas à diversifier. Ce point ressort immédiatement d'un bilan patrimonial correctement structuré.
Le vrai coût du private equity pour un cabinet n'est pas la sélection du fonds : c'est le suivi sur dix ans. Appels de fonds, distributions, valorisations décalées, échéances de mise en conformité 2027 et 2029, revue annuelle de l'adéquation… multipliés par le nombre de clients concernés, ces éléments saturent vite un tableur.
La Suite Majors® adresse ce point sous trois angles :
S'y ajoute la notation de conformité, qui permet de balayer l'ensemble du portefeuille clients pour identifier ceux dont le dossier mérite une mise à jour avant la prochaine échéance réglementaire. Pour un cabinet de 150 clients, c'est la différence entre un audit de deux jours et une requête de deux minutes.
Tester la Suite Majors® Consulter le supportDepuis que les quotas de non coté s'appliquent en gestion pilotée, j'ai des questions clients à chaque rendez-vous. Pouvoir sortir en deux clics la liste des dossiers où l'horizon ne colle pas avec la poche illiquide, ça m'a évité des semaines de relecture.
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Le private equity en assurance-vie et en PER n'est plus une conversation optionnelle. Entre les quotas de la loi Industrie Verte qui s'imposent d'ici fin 2026 en gestion pilotée et le tri opéré par le décret 2026-341, tout CGP va devoir expliquer à ses clients pourquoi une part de leur épargne est désormais illiquide — et le justifier par écrit.
La bonne posture n'est ni l'enthousiasme commercial ni le refus de principe. C'est la rigueur méthodologique : vérifier l'éligibilité du support, mesurer la liquidité réelle, consolider les frais sur trois étages, calibrer la poche à l'échelle du patrimoine global et tracer chaque élément dans le rapport d'adéquation. Les cabinets qui outillent cette rigueur en feront un différenciateur ; les autres subiront les échéances 2027 et 2029.
Pour aller plus loin : Construire l'allocation d'assurance-vie adaptée au profil de votre client.
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