PACS et concubinage
Testament, assurance vie, logement : protéger le partenaire non marié.
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La clause de tontine, aussi appelée pacte tontinier ou clause d'accroissement, est une stipulation insérée dans l'acte d'achat d'un bien acquis à plusieurs, selon laquelle le dernier survivant sera réputé en avoir toujours été le seul propriétaire, depuis le jour de l'acquisition. Le bien ne tombe donc jamais dans la succession du premier décédé : ses héritiers n'ont aucun droit dessus. Pour des concubins qui achètent leur résidence principale, l'effet civil est puissant. L'effet fiscal l'est beaucoup moins, puisque l'article 754 A du CGI soumet l'accroissement aux droits de succession, soit 60 % entre personnes non parentes. Ajoutez une jurisprudence exigeante sur l'aléa, une rigidité totale en cas de séparation et, depuis avril 2026, la nullité des SCI dont toutes les parts sont « tontinées » : la clause de tontine reste un outil utile, à condition d'être prescrite pour les bonnes raisons. Ce guide reprend le mécanisme, les conditions de validité, la fiscalité, les risques et les alternatives que le CGP doit mettre en regard.
Le pacte tontinier n'est défini par aucun article du Code civil : c'est une création de la pratique notariale, encadrée par la jurisprudence. Sa mécanique repose sur une double condition. Chaque acquéreur est propriétaire de la totalité du bien sous condition suspensive de sa survie, et sous condition résolutoire de son prédécès. Au premier décès, la condition se réalise : le survivant est censé avoir été seul propriétaire depuis l'origine, et le défunt est censé ne l'avoir jamais été.
La Cour de cassation qualifie cette opération de contrat aléatoire à titre onéreux : chacun paie sa part du prix en échange d'une chance de devenir seul propriétaire. Cette qualification a deux conséquences majeures. Elle soustrait la clause à la prohibition des pactes sur succession future (Cass. ch. mixte, 27 novembre 1970, n° 68-10.452). Elle l'écarte aussi, en principe, de la qualification de libéralité, et donc des règles de la réserve héréditaire : le bien n'entre ni dans la masse de calcul de la réserve, ni dans le partage.
Deux confusions reviennent souvent en rendez-vous. La clause de tontine n'a rien à voir avec les tontines d'épargne (associations tontinières proposées par certains assureurs, ou tontines collectives entre particuliers). Et elle ne crée pas d'indivision : tant que les acquéreurs sont vivants, aucun n'est titulaire d'une quote-part, ce qui explique l'essentiel de ses effets, positifs comme négatifs.
| Critère | Achat en indivision | Achat avec clause de tontine |
|---|---|---|
| Droits de chacun pendant la vie | Une quote-part (50/50, 60/40…) cessible et saisissable | Un droit conditionnel sur le tout, sans quote-part |
| Au premier décès | La quote-part du défunt entre dans sa succession ; le survivant reste en indivision avec les héritiers | Le survivant devient seul propriétaire ; le bien reste hors succession |
| Droit de sortir | « Nul ne peut être contraint à demeurer dans l'indivision » (article 815 du Code civil) | Aucun partage possible sans l'accord des deux |
| Fiscalité au décès (concubins) | Droits de succession sur ce que le survivant reçoit par testament, à 60 % | Droits de succession sur l'accroissement, à 60 % (article 754 A du CGI) |
| Héritiers réservataires du défunt | Protégés par la réserve | Écartés, sauf requalification en libéralité |
Ce tableau résume l'arbitrage : la tontine achète la certitude de garder le logement au prix de la liberté de sortir. Pour un couple stable qui veut protéger le survivant contre des héritiers (enfants d'une première union, parents), l'échange peut être rationnel. Pour un couple récent, il l'est rarement. Les situations d'indivision successorale que la tontine évite sont réelles, mais celles qu'elle crée en cas de rupture le sont tout autant.
Puisque la clause n'échappe à la qualification de donation qu'en raison de son caractère aléatoire, tout ce qui supprime l'aléa la fragilise. La jurisprudence contrôle deux formes d'aléa, bien résumées par le commentaire de l'arrêt CA Lyon, 9 février 2016, n° 13/03208, publié au Bulletin des arrêts de la cour d'appel de Lyon.
La sanction n'est pas théorique. Privée d'aléa, la clause peut être annulée, et le bien retombe alors dans une indivision ordinaire, partageable. Elle peut aussi être requalifiée en donation déguisée. Dans un arrêt du 12 janvier 2022 (Cass. 1re civ., n° 20-12.232), rendu entre époux, la Cour de cassation a tiré les conséquences d'une telle requalification : le bien est réuni à la masse à partager et s'impute sur les droits successoraux du conjoint survivant, qui peut seulement réclamer un complément s'il reste en deçà de la quotité disponible entre époux.
Quand le financement est inégal, l'acte peut prévoir des quotes-parts de contribution et la manière dont elles seront traitées : la clause n'impose pas un financement strictement paritaire, mais le déséquilibre doit rester explicable autrement que par une intention libérale. Le CGP n'a pas à rédiger l'acte, qui relève du notaire, mais il doit documenter les apports réels de chacun dans le bilan patrimonial.
Pendant des décennies, la tontine a permis d'échapper aux droits de succession, puisque le survivant était réputé propriétaire depuis l'origine. Le législateur a fermé cette voie. Selon l'article 754 A du CGI, les biens recueillis en vertu d'une telle clause sont, au point de vue fiscal, réputés transmis à titre gratuit à chacun des bénéficiaires de l'accroissement. Concrètement, le survivant paie des droits de mutation par décès sur la part qui lui « accroît », selon son lien de parenté avec le défunt.
| Lien entre les acquéreurs | Traitement de l'accroissement | Intérêt fiscal de la tontine |
|---|---|---|
| Époux | Exonération de droits de succession (article 796-0 bis du CGI) | Nul : l'intérêt est civil (échapper aux héritiers réservataires), avec un risque de requalification |
| Partenaires de PACS | Exonération (article 796-0 bis du CGI) | Réel sur le plan civil : sans testament, le partenaire n'hérite pas |
| Frères et sœurs | Abattement de 15 932 €, puis 35 % jusqu'à 24 430 € et 45 % au-delà (sous réserve de l'exonération de l'article 796-0 ter) | Limité |
| Concubins, amis, autres personnes non parentes | Abattement de 1 594 €, puis 60 % | Aucun, sauf exception des 76 000 € |
Le même article prévoit une exception : l'article 754 A ne s'applique pas à l'habitation principale commune à deux acquéreurs lorsque sa valeur globale est inférieure à 76 000 €. Dans ce cas, le transfert est soumis aux droits de mutation à titre onéreux, ceux d'une vente immobilière, nettement moins lourds que 60 %. Depuis la loi de finances pour 2010 (loi n° 2009-1673, article 33), le survivant peut aussi opter pour les droits de succession : l'option est utile aux époux et partenaires de PACS, qui sont alors totalement exonérés au lieu de payer des droits de vente. Le seuil n'est pas indexé : aux prix de 2026, il ne concerne plus que des logements très modestes.
Prenons un cas fictif. Deux concubins achètent leur résidence principale 400 000 €, avec clause de tontine, en finançant chacun la moitié. L'un décède quelques années plus tard, le bien valant toujours 400 000 €.
L'exemple montre la vraie fonction de la tontine entre concubins : elle garantit la propriété, pas l'économie d'impôt. Si le survivant ne dispose pas de 119 000 € de liquidités, il risque de devoir vendre le bien que la clause devait lui conserver. D'où la combinaison classique : tontine pour le logement, assurance vie avec une clause bénéficiaire dimensionnée pour financer les droits.
Pour l'impôt sur la fortune immobilière, les biens acquis en tontine sont inclus dans le patrimoine de chacun des contractants au prorata des sommes investies par chacun, en ne retenant que les survivants au 1er janvier de l'année d'imposition (BOI-PAT-IFI-20-20-30-30, § 240 et 260). Pour des acquéreurs non mariés, chacun déclare donc sa part, ce qui compte pour les clients proches du seuil ; le point mérite d'être intégré à la modélisation IFI du dossier.
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Le principal risque de la tontine ne se matérialise pas au décès, mais du vivant des acquéreurs. Faute d'indivision, aucun des deux ne peut invoquer l'article 815 du Code civil pour demander le partage, ni obtenir du juge la vente forcée du bien. En cas de séparation, trois issues seulement sont possibles.
Le financement ajoute une difficulté. La banque n'est pas partie au pacte tontinier : les co-emprunteurs restent tenus du prêt dans les termes du contrat de crédit, souvent solidairement, quel que soit l'avenir de la clause. Il faut donc vérifier la cohérence entre la tontine, les quotités de l'assurance emprunteur et la capacité du survivant à assumer seul les échéances restantes.
Une tontine bien rédigée anticipe ce que la loi ne règle pas. Les points à soulever avec le notaire :
Pour un couple dont la stabilité n'est pas établie, ces précautions ne suffisent pas toujours : d'autres montages offrent une protection comparable au décès sans figer le bien en cas de rupture. Les cas de séparation montrent que c'est souvent là que le conseil initial est jugé.
Pour éviter la rigidité de la tontine sur le bien lui-même, une pratique répandue consistait à constituer une SCI entre concubins et à insérer dans les statuts une clause d'accroissement portant sur les parts. La Cour de cassation a jugé ce montage dangereux. Dans un arrêt publié au Bulletin (Cass. 3e civ., 9 avril 2026, n° 25-12.992), elle retient que, lorsqu'elle porte sur l'ensemble des parts d'une société civile, la clause statutaire de tontine est contraire à l'article 1832 du Code civil, qui exige qu'une société soit instituée par deux ou plusieurs personnes.
Le raisonnement tient à l'effet rétroactif de la clause : si le survivant est réputé avoir toujours détenu toutes les parts, la société n'a jamais compté qu'un seul associé. La sanction est lourde, puisque c'est la société elle-même qui encourt la nullité, et non la seule clause. Dans l'affaire jugée, deux concubins avaient créé en 2010 une SCI à parts égales, avec une clause attribuant au dernier survivant la totalité des parts.
Les commentateurs relèvent que l'arrêt vise une clause couvrant la totalité des parts : une tontine limitée à une partie du capital, qui laisse subsister au moins deux associés depuis l'origine, ne tombe pas sous le même grief. Pour le CGP, la conséquence pratique est simple : recenser les SCI de clients comportant une clause d'accroissement dans leurs statuts, et les soumettre au notaire ou à l'avocat du client pour une revue. Une SCI existante dont la validité est contestable fragilise tout ce qui repose sur elle : baux, emprunts, stratégie de transmission.
La tontine répond à une question précise : comment faire en sorte que le survivant garde le logement ? D'autres outils y répondent aussi, avec des contreparties différentes. Le tableau ci-dessous les compare pour un couple de concubins, cas où l'arbitrage est le plus sensible.
| Solution | Sort du logement au décès | Fiscalité (concubins) | En cas de séparation | Héritiers réservataires |
|---|---|---|---|---|
| Clause de tontine | Pleine propriété au survivant | 60 % sur l'accroissement | Bien bloqué sans accord | Écartés (sauf requalification) |
| Indivision + testament | Quote-part léguée, dans la limite de la quotité disponible | 60 % sur le legs | Partage de droit (article 815) | Protégés par la réserve |
| SCI avec démembrement croisé des parts | Le survivant conserve l'usage ; l'usufruit s'éteint au décès | Pas de droits sur l'extinction de l'usufruit, sous réserve d'un montage sincère | Cession ou rachat de parts selon les statuts | Reçoivent la nue-propriété détenue par le défunt |
| Assurance vie au profit du partenaire | Capital pour racheter la part ou payer les droits | 152 500 € d'abattement par bénéficiaire (primes avant 70 ans) | Clause bénéficiaire modifiable | Hors succession, sauf primes manifestement exagérées |
| PACS + testament | Legs au partenaire, dans la limite de la quotité disponible | Exonération totale | Dissolution du PACS, partage de l'indivision | Protégés par la réserve |
Deux enseignements ressortent. D'abord, pour des concubins, le PACS assorti d'un testament règle à lui seul la question fiscale, ce qu'aucun autre outil ne fait. La tontine n'a alors d'intérêt que si le couple veut aussi écarter des héritiers réservataires, ce qui suppose d'en mesurer la légitimité et le risque contentieux. Ensuite, ces solutions se combinent plus qu'elles ne s'opposent : la protection d'un partenaire se construit en assemblant le mode de détention, le statut du couple et la liquidité, comme le détaille notre guide sur la protection du partenaire pacsé ou concubin.
Entre époux, l'analyse est différente : le conjoint survivant est exonéré et dispose de droits légaux, que la donation au dernier vivant ou un avantage matrimonial peuvent renforcer. La tontine ajoute peu, sinon un risque de requalification, comme l'a montré l'arrêt de 2022. Les couples en famille recomposée sont ceux pour lesquels la question se pose le plus souvent, et pour lesquels le risque de contestation par les enfants est le plus élevé.
Le CGP intervient rarement au moment où la clause est rédigée : le client la découvre chez le notaire, la veille de la signature. D'où l'intérêt d'un protocole en amont, dès que le projet d'acquisition apparaît dans le dossier.
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La clause de tontine fait une chose et la fait bien : garantir au survivant la propriété exclusive du bien acheté ensemble, hors de la succession du premier décédé. Depuis l'article 754 A du CGI, elle ne fait plus économiser de droits entre concubins ; elle reste fragile quand l'aléa est douteux, bloque le bien en cas de rupture et, depuis l'arrêt du 9 avril 2026, peut emporter la nullité d'une SCI dont toutes les parts sont tontinées.
La valeur du conseil tient donc à la qualification de l'objectif, au test de l'aléa, au chiffrage des deux décès et du scénario de séparation, et à la comparaison écrite avec le PACS, le testament, le démembrement croisé ou l'assurance vie. C'est ce raisonnement, plus que la clause elle-même, que le client et ses héritiers retiendront.
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Pour aller plus loin : PACS et concubinage : protéger le partenaire survivant.
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